Archive pourjuin, 2007

La trahison du Bolino

Que m’est-il arrivé aujourd’hui pour en arriver à de pareilles extrémités ? Certes une journée orageuse donc électrique au boulot, qui a démarré sur les chapeaux de roue avec des soucis informatiques et une urgence à gérer malgré tout. Certes cela m’a bouffé la demi-journée, désorganisé toute ma parfaite petite organisation qui s’annonçait déjà un peu déstructurée par des appels administratifs pour divers problèmes d’intendance personnelle, mais impossibles à régler en dehors des horaires de bureau. Et puis cette échéance, l’horloge qui tourne en accéléré parce que ce soir, il faut regarder l’heure, parce que ce soir il faut partir le plus tôt possible, là encore pour divers problèmes d’intendance.

Mais cela n’excuse en rien, ce dérapage !

Trois courses urgentes à faire avant de rentrer, je m’arrête donc au magasin du coin, et là, une envie soudaine, animale, brute et stupide me tiraille. Je veux manger un BOLINO ! Et je ne cherche même pas à résister, non, je cherche frénétiquement le rayon, m’angoisse : et si les Bolinos n’existaient plus ? Voilà près de 15 ans que je n’en ai pas « mangé », avec l’avènement du micro-onde et des plats préparés, qui sait, l’ère du Bolino est peut-être révolue ? Je finis par trouver mon graal, et en éprouve une satisfaction et un bien-être démesurés. Est-ce une réminiscence Proustienne, un besoin de retrouver un goût d’antan ? Un petit besoin de réconfort ? Mon doudou du jour ?

Toujours est-il que je l’ai mangé mon Bolino-torsades-à-la-Napolitaine, moi qui aime la bonne chair, qui refuse la malbouffe, voilà une jolie trahison de mes convictions. Moi qui recherche le bio pas lino du tout, je dois m’avouer ravie que cet ersatz de nourriture n’ait pas disparu avec le Tang…

Requiem pour une nonne

Voilà, j’ai refermé « Requiem pour une nonne » de William Faulkner entre la gare de Bois-Colombes et celle de Colombes. Me reste une impression étrange, celle d’être un peu passée à côté. Je m’étais réellement délectée de « Sanctuaire » et, aurais-je dû attendre que le souvenir en soit effacé pour lire cette suite ? Je ne le saurai sans doute jamais, mais peut-être y a-t-il là l’explication de ma légère déception.

S’il s’agit bien à nouveau de Temple Drake, sept ans après sa terrible aventure dans une maison close, la construction est tout à fait différente, sous forme de pièce en trois actes. Chaque acte est précédé de chapitres historiques relatant la construction des édifices où se déroule l’action. Albert Camus a regretté de n’avoir pu, dans son adaptation théâtrale, intégrer ces chapitres, j’avoue avec un peu de honte, que ce sont justement ces derniers qui m’ont un peu rebutée. Je suis pourtant attirée par l’Histoire et les histoires de construction (j’avais plus qu’adoré « Les piliers de la Terre »de Ken Follett, qui avait pour toile de fond la construction d’une cathédrale sur plusieurs siècles), mais si j’ai fait l’effort de lire consciencieusement le premier de ces descriptifs, je reconnais avoir survolé les autres afin de parvenir plus vite à ce qui m’avait poussé à l’achat de ce roman : le destin de Nancy Mannigoe, femme noire au service de Temple Drake, condamnée à la peine capitale pour avoir tué un des enfants dont elle avait la charge.

La confession de Temple Drake auprès du Gouverneur, le dialogue final entre les deux femmes, les questions soulevées sur la part innée et la part acquise du vice, l’évocation du pardon et de l’expiation sont en revanche prodigieux et je regrette de n’être plus en âge de passer mon bac, certaine de pouvoir placer cet ouvrage dans beaucoup de compositions de philo !

Vive les cons !

On se plaint sans cesse d’être entourés de cons. On râle, on s’insurge, on rêve d’éliminer les cons. Mais pense-t-on seulement à ce que serait un monde sans con ? Oui sans doute, mais en pratique ? Serait-ce viable ?

Projetons-nous dans ce monde imaginaire où chaque individu serait doué d’une grande intelligence, car forcément, il me faut pousser mon raisonnement dans l’extrême, si on éliminait les cons, sachant qu’on est tous un peu le con de quelqu’un, ne resteraient que les gens dotés d’une très grande intelligence. Il est certain que le quotidien serait bien agréable, les conversations enchanteresses, les malentendus inexistants. Chacun aurait sa chance de gravir l’échelle sociale, car qui dit intelligence, dit aussi tolérance, ségrégation nulle. Voilà pour le positif d’une telle utopie.

Mais si l’humanité entière était à intelligence égale, le marché de l’emploi ne s’en trouverait-il pas totalement modifié ? Des professions entières seraient prises d’assaut, d’autres totalement délaissées. Si l’on se fie aux questionnaires scolaires de début d’année, aucun enfant n’inscrit « plus tard je veux travailler à la chaîne », mais plutôt je veux être médecin, vétérinaire, avocat, pompier, voire maître du monde (si, si, je l’ai lu). Et puisque chacun aurait les moyens de ses ambitions, alors quoi ? Nous vivrions dans un monde de médecins ? Des cabinets vétérinaires à tous les coins de rue ? 150 candidats aux élections ?

Et si l’intelligence était totalement généralisée, serions-nous encore capables de simplicité ? Avec des millions d’esprits philosophes, sociologues, chaque bricole serait regardée à la loupe, interprétée, codifiée. Toute chose devrait avoir du sens et qui sait, serait jugée superflue et par conséquent éliminée dès lors qu’elle en serait dépourvue ? Pourrait-on encore laisser de la place à la spontanéité ?

J’ai beau me retourner le cervelet dans tous les sens, je n’en retire que des sueurs froides et ne parviens à voir qu’un monde lisse, ennuyeux et peut-être même dangereux. Alors, voilà, je promets, je jure, de ne plus penser à éliminer les cons…

Thierry Jonquet ou les découvertes des dîners Mille-Feuilles

J’ai rencontré Thierry JONQUET lors d’un dîner Mille-Feuilles. Qu’est-ce donc que cela ? vous demandez-vous la bouche ouverte et l’œil vitreux. Les dîners Mille-Feuilles sont des soirées littéraires créées en 1998 par un passionné de littérature nommé Frédéric FREDJ. Une fois par mois, au restaurant CANDIDE dans le 11ème, des auteurs et leurs éditeurs viennent présenter leur livre lors d’une soirée thématique. Le libraire de L’ALINEA met également à disposition les ouvrages dont il est question, afin que nous puissions, si par malheur nous ne connaissions pas les écrivains avant de venir, faire l’acquisition des ouvrages concernés mais aussi des précédents. S’ensuit un dîner en leur présence, avec en dessert l’inévitable mille-feuille.

Ces soirées sont riches en discussion, les auteurs ouverts aux questions, parfois un peu mal à l’aise mais toujours très disponibles.

Je suis plus qu’admirative du travail effectué par Frédéric FEDJ, car sachons-le, cet homme a un vrai travail, en rien littéraire, et consacre donc un temps non compté à la préparation de telles soirées. Grâce à lui j’ai découvert et lu des auteurs vers lesquels je ne serais sans doute pas allée : Léon WERTH, anti-militariste qui écrivit notamment sur les tranchées de 14-18 (« Clavel soldat ») ou sur l’exode des parisiens en 1940 (« 33 jours »), qui n’était guère présent lors de la thématique qui lui était consacrée, et pour cause, il est décédé en 1955 ; Pierre BERGOUNIOUX dont l’érudition et les talents d’orateur m’ont bouleversée et poussée à acquérir immédiatement « Carnets de notes » ; et enfin, donc dernièrement Thierry JONQUET.

Je ne suis pas fanatique des polars à l’exception de rares auteurs (James Ellroy), mais le plaisir des soirées Mille-Feuilles est tel que je ne regarde que peu le thème abordé, juste mon agenda pour en viser la disponibilité. Thierry JONQUET était donc l’un des trois invités d’une thématique « romans noirs » et venait présenter « Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte » son dernier opus. La genèse de ce roman est en elle-même intéressante ; un an avant les émeutes qui secouèrent les banlieues, cet ancien professeur d’établissement spécialisé, alla voir son éditeur pour lui parler de sa nouvelle idée, un livre sur l’explosion des banlieues, insistant sur le fait, que ça finirait par péter. Il le savait, vivant avec ces gamins désespérés, leur enseignant depuis des années, il s’étonnait même que cela n’ait pas encore pété. Et puis après avoir adressé les premiers feuillets au Seuil, il reçoit un appel de son éditeur qui lui demande de mettre LCI car son roman est aux infos ! Les émeutes ont commencé… Cet auteur a donc achevé son écriture alors même que la réalité rejoignait sa fiction.

J’ai acheté ce titre, par curiosité. En le feuilletant sous le regard du fournisseur officiel de nos dîners, j’ai remarqué qu’il avait aussi amené « Moloch » un livre plus ancien de ce même écrivain. Comme toujours, je n’ai pu me résigner à choisir, et suis repartie avec les deux. Je viens d’achever « Moloch », polar très noir, que j’ai dévoré en quelques jours, malgré une semaine horriblement chargée. Construit et découpé de manière très habile, à chaque chapitre sa partie du puzzle, puzzle dont les pièces s’embriquent peu à peu, tant et si bien que l’on ne peut que se presser de terminer l’un pour connaître la suite de l’autre. Je n’avais eu cette sensation d’urgence que dans un autre livre construit de façon similaire : « L’échiquier du mal » de Dann Simmons. J’adorerais en exposer un peu plus, mais ce serait vous priver de la découverte de son intrigue, dont même les victimes ne sont révélées que tardivement.