Archive pouraoût, 2007

De l’illogisme gouvernemental

Je m’étais jurée d’attendre et de voir. D’attendre et de voir ce que notre nouveau Président allait accomplir. Je ne voulais en aucun cas faire de procès d’intention, j’espérais même en mon for intérieur qu’il me surprendrait heureusement, car je suis belle joueuse. Je me suis exprimée, j’ai voté, j’ai donc attendu un peu, mais là, je palpite, je sautille, je trépigne, il faut que je l’ouvre…

 Sacrifier à l’économie l’éducation de nos enfants (oui, bon, je sais, je n’en ai pas, et alors ?) ? Je ne suis pas une fervente admiratrice de la fonction publique, des fonctionnaires dont l’utilité de certain est plus que discutable, à mon sens, nous n’en manquons pas. Mais les profs ?! Leur utilité est plus qu’évidente, les besoins ne sont déjà pas comblés, les classes surchargées (déjà en mon temps) où il n’est même plus possible de parler de sacerdoce tant il devient impossible de dispenser une éducation valable, le taux de l’illettrisme français est plus qu’honteux pour un pays développé (je m’arrache les nattes tous les jours rien qu’en lisant certains posts sur mon forum), les lycées et collèges manquent de profs, de surveillants et j’en passe. Et on supprime des postes dans cette branche ? Joyeuse tartufferie !  Sans doute que ces « messieurs les Ministres » n’ont-ils jamais essuyé leurs fonds de culotte sur les bancs de l’éducation publique, sans doute payent-ils de charmantes écoles privées à leurs chérubins dans des quartiers huppés, et ignorent-ils tout de la réalité ? Et en filigrane, dans un coin de ma tête ressurgit « Entre les murs » de François Bégaudaud, ils devraient le lire, nos hauts fonctionnaires, peut-être comprendraient-ils (quoique) un peu mieux ce qu’est une journée de prof, ce qu’est un collège, un lycée de la vraie vie des vraies petites gens…  

On tente d’effrayer la mémé du quartier en lui montrant de méchants délinquants au treize heures, on lui met de jolis hommes en uniforme saillant pour qu’elle comprenne qu’on s’occupe de protéger son sac à bandoulière en croco, on contrôle, on arrête, on sanctionne, et pis c’est tout. Rien en amont et on s’étonnera, on s’offusquera de cette délinquance. Et on revotera sur la base de la peur. 

Et pendant ce temps-là, au Venezuela, un programme d’éducation par la musique (l’Orchestre des Jeunes Simon Bolivar)rsauve les jeunes de la délinquance, jeunes qui viennent de s’envoler pour Londres avec des étoiles plein les yeux, afin de se donner en concert comme des grands. Parce qu’au Venezuela il n’y a pas beaucoup de sous mais qu’il y a la compréhension du monde, ils savent que c’est par l’éducation que naît l’espoir.    

Bonne fête Rose !

« Demain nous fêterons les Roses ! » annonce d’une voix enjouée la présentatrice à la fin de son bulletin météorologique (pluvieux). Tressaillement ! Coïncidence ultime ! Je viens tout juste de quitter Rose, petite narratrice de quinze ans qui en paraît la moitié, toute petite chose à l’esprit torturé, qui s’occupe de ses lapins élevés sur le toit de son immeuble.

J’ai rencontré Rose par hasard, en flânant dans ma librairie favorite. Le titre du livre (« Déloger l’animal »), l’illustration choisie par l’éditeur (Babel), m’ont convaincue d’emmener ce petit bouquin dans l’antre de ma gibecière. Je ne connaissais pas l’auteur (Véronique Ovaldé), je n’ai pas lu le résumé (en même temps, je ne lis plus les résumés depuis « Belle du Seigneur » et la révélation que j’ai eu en découvrant que le résumé ne résumait absolument pas le livre, et même le desservait), je n’ai pas feuilleté les pages pour en extraire quelques lignes au hasard du vent créé par mes doigts agiles, je n’ai pas lu la première page pour qu’elle me livre l’essence du roman. Comme on pourrait se jeter sur un beau gosse plein de promesses de luxure, j’ai acheté ce livre animalement, c’est son physique qui m’a attiré. Ouhhh ! Voilà un achat bien superficiel ! Certes mais quelle heureuse décision !

Rose fait tourner son imagination au départ de sa mère (Rose aussi), elle virevolte entre fantasme et réalité, entre imagination enfantine et grandiloquence adulte, entre mensonge et vérité.

Parce que Rose mange parfois ses lapins et s’en délecte (« ne croyez pas que cela me rendît triste. Ca me permettait de rester pour toujours avec eux »), parce qu’elle est paranoïaque, un peu schizophrène et qu’elle est soignée dans un institut, parce qu’elle ressemble à une enfant de sept ans, elle est attachante. Les pensées de cette petite héroïne sont truculentes. Parce que son imaginaire est surdéveloppé, parce qu’elle est futée, son récit est allégorique et spirituel. Rose écoute le sable fabriquer les dunes et se brûle à la lumière de la vérité et grandit.

Et moi, je quitte Rose avec une once de regret, comme on quitte une amie avec qui on aurait bien cheminé encore quelques kilomètres… Alors merci et bonne fête Rose !

“La haine de la famille” de Catherine Cusset

Ô joie, Ô bonheur ! Ô merveille littéraire !

Petit bijoux de cynisme, impitoyable prose, qui croque sans concession chacun des membres d’une famille bourgeoise. Du père grognon et colérique à la mère si peu maternelle et éternellement insatisfaite, positionnant aussi haut que possible la barre de la réussite de ses enfants afin de briller dans les conversations mondaines ; de la sœur inconsciente et frivole à en faire pâlir un libertin à la grand-mère forte et tyrannique ; du petit frère quasi autiste à l’énarque. 

Des souvenirs sans doute communs avec le commun des lecteurs, qui me parlent, tel le lieu de vacances auquel, enfant, on s’attache à tout jamais, comme le seul morceau de notre véritable âme, et où l’on traînera immanquablement l’amour de sa vie qui n’aura aucunement le droit de ne pas être séduit. Pour les quatre enfants de cette famille, c’est la Bretagne, mais à mesure que je découvre les descriptions, je suis en Normandie.

Des phrases d’une justesse telle, qu’elles s’impriment en moi, des évidences peut-être, mais des évidences formulées avec tant de pertinence.

Léger, ce livre je l’ai grignoté avec la délectation des carrés de chocolat que l’héroïne enfourne en douce. Léger certes, mais profond malgré tout. Et je me découvre des peurs, celle de devenir cette mère, qui ne tolère que la littérature, au point d’en frustrer ses enfants et son mari, coupables (quelle horreur !) de regarder parfois la télévision.

 

Et puis les dernières pages lues ce matin sont les derniers jours de « grand-maman », elles m’ont poignardée en plein cœur, trop justes, trop vraies, trop tôt pour mon humeur. Je referme le livre avant le terminus de Saint-Lazare. La gorge nouée, je coiffe les écouteurs de mon MP3, incapable d’enchaîner sur mon prochain plaisir littéraire (« Brooklyn Follies » de Paul Auster), j’attends l’entrée en gare, les portes s’ouvrent, j’inspire à fond, j’élance mon pas vif et matinal, j’appuie sur « lecture » : « Una furtiva lagrima » m’accompagne.