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Le lièvre, la grenouille et La Vilaine

18 Juil

© La Vilaine - Forêt

J’ai toujours aimé les arbres, une fascination qui, enfant, m’avait poussée à étudier l’animisme. Je câlinais les arbres, les serrais de toutes mes petites forces dans mes bras, persuadée que par ce geste ils me transmettraient peut-être un peu de leur grâce et de leur énergie. Que l’on en abatte un et de chaudes larmes roulaient sur mes joues rougies par la colère.

Si en grandissant j’ai perdu cette croyance naïve, je ressens toujours de l’apaisement auprès d’eux. La première fois que j’ai pénétré dans la forêt de mon nouveau village, je venais de perdre mon grand-père, grand amoureux de la nature et qui possédait un bois. Je m’y suis volontairement perdue, des heures durant, pour étancher mon chagrin et communier dans le seul lieu approprié pour lui comme pour moi. Une église dont le seul Dieu serait la nature, dont le sacré serait la vie, dont les chants seraient le bruissement des arbres, le cri des oiseaux et la seule prière le souvenir d’un amour commun. En ressortant, j’avais retrouvé la sérénité…

En ce dimanche, le temps idéal se prêtant enfin à la respiration, à la douceur de vivre, à la promenade, la forêt m’a appelée à la retrouver pour m’y perdre à nouveau. Persuadée malgré tout que je n’y serais pas seule, vieille pensée d’ex habitante de la banlieue parisienne dont le moindre petit bois est pris d’assaut pour la ballade familiale dominicale, une fois n’est pas coutume j’ai accepté de partager mon coin de paix.

En m’enfonçant peu à peu, j’ai soudain réalisé que les chants des oiseaux qui résonnaient de toute part, n’étaient perturbés par aucun rire d’enfants ou bruit de courses effrénées. J’étais étonnamment seule, rien que les arbres et moi. Alors mes pas se sont faits plus légers, ne pas déranger surtout, ne pas perturber les bruits de la forêt, se fondre doucement dans les feuillages, s’arrêter, cesser de respirer lorsqu’une branche craque, reprendre lentement sa marche lorsque le vent agite les cimes. Je me suis faite animale, instinctive, me suis glissée sans plus de bruit qu’un chat dans les sous-bois, m’engouffrant plus loin, plus profondément, cherchant délibérément le vertige de la désorientation.

© La Vilaine

Telle une enfant, j’ai suivi un papillon, me suis laissée guidée par un envol, par un chant.

J’ai entendu les bêtes des fourrés, des cris rares de volatiles rares, je me suis assise dans les aiguilles de pin, dans l’attente de la rencontre avec ceux qui en cet instant étaient les miens. J’ai écorché mes chevilles sur les ronces, ensablé mes sandales, j’aurais pu même les quitter et fouler la terre de mes pieds nus, je n’étais plus rien.

J’ai évité une flaque boueuse, m’y suis penchée et y ai vu une toute petite grenouille. La vie renaît dans la boue.

Soudain, une silhouette, furtive vision, s’est précipitée devant moi. Le temps de réaliser, le temps de chercher la direction dans laquelle elle s’était sauvée. Là, la voilà. Un lièvre dans les fougères, un instant nous nous sommes regardés, immobiles, le souffle coupé. Et puis d’un petit bond plus tranquille, il a poursuivi son chemin. Je n’ai pas cherché à le suivre, la forêt venait de combler mon attente, il était temps pour moi de la laisser se refermer.

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18 Commentaires

Publié par le juillet 18, 2010 dans triturage de cervelet

 

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18 réponses à “Le lièvre, la grenouille et La Vilaine

  1. marine

    juillet 19, 2010 at 12:53

    wahou ! merci !

     
    • lavilaine31

      juillet 19, 2010 at 12:55

      J’ignore de quoi, mais de rien Marine !!! ; )

       
      • marine

        juillet 21, 2010 at 3:13

        j’ai pris tout simplement un grand plaisir à te lire, je me suis revue toute petite ayant les mêmes resentis, les mêmes envies d’oublier, de me perdre, de me rendre compte que nous, petits hommes, on n’est pas grand chose…. voilà, des frissons, alors Merci !

         
  2. Stf

    juillet 19, 2010 at 4:14

    Si j’avais tes talents, ou au moins ton agilité de la plume j’aurais pu écrire un texte très ressemblant à mon retour du Japon il y a quelques années…
    Le plaisir de communier de nouveau avec la nature après l’incroyable et incessant grouillement humain de Tokyo et Yokohama… Petite halte dans une des forêts du nord, un sentier pris au hasard, l’ouïe et l’odorat retrouvant un peu de sensibilité après plusieurs jours en saturation complète… Les arbres ont remplacés les gratte-ciels et les feuillages multicolores font office d’écran géant…
    Mais la fin de mon histoire aurait été nettement moi sereine que la tienne… Elle se serait intitulée: « Les papillons blancs, l’Ours brun et ma pomme »…

     
  3. Stf

    juillet 21, 2010 at 6:16

    Bon, je vois que nous sommes entre gens bien… Mais il me vient quand même une question… Existe t’il des petits garçon et des petites filles qui vont prendre dans leur bras un coin de pied de gratte-ciel à la Défense en pensant à tous les sous qu’ils vont gagner plus grands en spéculant sur des biens immobiliers achetés par des inconnu croulant sous les dettes? Et est-ce qu’a ce moment là, la joue collée sur le froid du béton et des vitres-miroir ils se sentent si forts et si supérieurs?

     
    • lavilaine31

      juillet 21, 2010 at 6:19

      J’en doute, mais c’est un joli point que tu soulèves là…

       
      • Stf

        juillet 21, 2010 at 7:27

        Alors peut-être sont-ce seulement des enfants qui n’ont jamais eu l’occasion de serrer un arbre dans leur bras? De quoi étoffer la prochaine réforme de l’éducation… Pour apprendre à rester humble et respecter la nature: câlins d’arbres obligatoires jusqu’au bac ;o)

         
      • Stf

        juillet 21, 2010 at 7:47

        Idée valide tant qu’il reste des arbres à câliner… On peut tenter de les remplacer ensuite par des hommes-troncs, mais je doute du résultat… Ils vont nous manquer ces grand échalas en cellulose… On continuera peut être à se dire « Salut veille branche » sans trop savoir pourquoi… OK, je dois être honnête, déjà aujourd’hui je ne sais pas trop pourquoi… Et http://www.expressio.fr n’est pas super clair là dessus non plus…

         
      • Stf

        juillet 22, 2010 at 3:05

        Cet article est vraiment pour moi source de réflexion… Je viens de réaliser que si tu avais écrit cela sur ton blog il y a 600 ans et en Rapanui, le destin de l’île de Pâques en aurait certainement bouleversé… Ca s’est vraiment pas joué à grand chose ;o)

         
        • lavilaine31

          juillet 22, 2010 at 3:20

          J’ai rencontré un lièvre et (grâce à toi) je me rends compte que je suis très en retard…

          Je suis, je suis ???

          Alice !!!!!

           
      • Stf

        juillet 22, 2010 at 3:54

        Ouf, je suis soulagé, j’ai réalisé que tu aurais pu croire que je venais de te mettre sur les épaules la responsabilité de la disparition de tout un peuple et de sa culture!
        Alors je m’attendais à tout sauf à Alice! Élégant contre-pied :o)
        Et puis, grâce à Lewis Caroll, tu as de quoi nourrir ton lièvre pendant une bonne semaine! (*)

        (*) un des pires jeu de mot de mon répertoire… Désolé! Mais il est rare d’arriver à le caser aussi parfaitement ;o)

         
  4. Jacques Brévent

    juillet 21, 2010 at 11:32

    Lorsqu’à la mi-mars la dryade (assotée par les humeurs de la sève montante) est appelée au-dehors par les cors-calices dans lesquels soufflent les hérauts du petit peuple, elle se détache de l’écorce et va rejoindre le premier essaim sylphique. L’Hamadryade ne quitte ni la cellule dense du cambium, ni le libier où circule l’âme sylvestre, les nerfs et le sang vert. Animée par un élan profond, elle prend appui sur ses racines, aspire de ses mille radicelles les mille vies de l’humus renaissant et s’étire tout le long du tronc jusqu’au plus fines ramilles, refluant toute sa moelle dont le surplus écarte les bourgeons et illumine son houppier encore ensommeillé d’une tendre aura amoureuse.
    L’Hamadryade est impossible à décrire, elle n’a pas d’autre forme que celle de son arbre originel dont elle partage le destin. Elle souffre, elle craque et crie lorsqu’on en blesse la chair, mais lui survit… S’il est déraciné, elle s’envole, cherchant dans la chênaie un autre refuge !
    Au bout de bien des siècles, quand l’antique géant se meurt de lente veille elle demeure désolée,
    emprisonnée dans le donjon creux, et s’y dessèche, se fossilise en continuant une existence ralentie qui n’est plus qu’une sorte de songe. Une  fois la carcasse ruinée en poussière, elle reste sur les vestiges, telle une fumerolle fantomatique, … à moins qu’un arbre généreux ne l’invite à partager son flanc.
    Il existe, notamment en Brocéliande aux abords du château de Comper, d’antiques chênes aux puissantes poitrines, des géants aux branches aussi fortes que des troncs à force d’avoir ouvert leur cœur aux Hamadryades endeuillées.
    Il a été trouvé sous les ramées tentaculaires des forêts nordiques, des ruisselets de brillants cristaux de roche au goût salé, disséminés parmi les jonchées de feuilles et les débris de glands. Après observation, cet étrange phénomène se révéla être des larmes d’Hamadryades tombées au cours des siècles à travers des fissures de l’écorce.
    Un botaniste voyageant en Schwartz-Wald rapporta que son attention fut attirée par un brillant semis de cristal qu’une curieuse faune azurescente survolait. Des fuseaux gracieux d’une blancheur vaporeuse aux ailes transparentes et qui s’enfuirent à son approche.

    Les Hamadryades protègent les arbres, et par leur seule présence embellissent les bois. Immortelles à l’intérieur de l’écorce protectrice, la mort peut les frapper si elles en quittent l’abri…

    Au nom de ma petite sœur Sylviane (étymologiquement petite forêt), je n’ai résisté au plaisir de vous citer cet extrait de l’Encyclopédie des Fées, chapitre des Demoiselles des Verts Royaumes !
    Puisse-t-il vous offrir d’autres promenades paisibles, vous donner encore à rêver…

    Jacques

     
    • lavilaine31

      juillet 22, 2010 at 10:47

      Merci, c’est vraiment un très joli texte Jacques.

       
    • marine

      juillet 23, 2010 at 12:24

      Merci Jacques.

       
      • Jacques Brévent

        juillet 23, 2010 at 9:22

        Les hamadryades (drys : chêne, hama : avec) sont des Nymphes vivant avec et dedans l’Arbre Frère sans jamais le quitter ! J’avais omis cette précision, à savoir que les chênes habités par ces Nymphes sont toujours fréquentés par le petit foliotocole émeraude, messager de la Flore et Faunes Fées…

        cela ne s’invente pas !

         
  5. Stf

    juillet 27, 2010 at 11:39

    Avant, devant chez moi, il y avait des arbres… Plein… C’est même ce qui m’avait donné le coup de foudre pour l’appart… La terrasse donnait sur un grand jardin, une route peu passante et un petit bois de pin…
    C’était il y a presque 10 ans de cela…
    Le jardin est toujours là, la route est maintenant saturée par le trafic suite à la construction de nombreux lotissement dans l’arrière pays… Et mon petit bois a été rasé l’année dernière pour faire place à un chantier. J’espère que la mairie a fait le nécessaire pour reloger tous les écureuils qui narguaient mon chien durant nos ballades matinales. N’ont survécu que 5 pauvres pins disséminés entre les immeubles flambant neufs qui j’imagine seront vides la moitié de l’année, et bondés de touristes les six autres mois… L’histoire est triste, mais banale car tant répétée au quatre coins du monde… Une histoire de progrès qui avance je crois…
    Bon, vous allez me dire: « What’s the point??? » Et bien, depuis hier soir, je suis littéralement hors de moi devant l’innommable provocation des promoteurs: en me baladant je découvre qu’ils ont posé des plaques sur la grille d’entrée de la nouvelle résidence: ces crétins ont osé la baptiser « Domaine des pins »!!!!!!!!! Certainement à la pensée émue des dizaine de millier d’euro tirés de la revente du bois de coupe de leur abricide… Je ne sais pas ce qui me retient d’aller y foutre le feu à leur monument à la gloire de la loi Scellier!

     

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