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Le jour où j’ai tué La Vilaine

08 Sep

autodafé

Il est des crimes dont l’on prémédite chaque instant, chaque seconde ou étape, des meurtres que l’on étudie avec soin des mois durant.

Il est des homicides que l’on dit passionnels, que l’on commet dans un accès, de colère ou de passion, des assassinats qui adviennent en un instant.

J’ignore dans laquelle de ces deux caractérisations viendrait se ranger le mien si un Juge venait à se pencher sur le sujet.

Cette nuit-là, je me suis éveillée en sursaut, cette nuit-là, une nuit de rentrée des classes, une nuit difficile, de guerre lasse, c’est dans mon ventre, du fond de mes entrailles qu’est montée l’urgence, qu’est survenue l’évidence.

Cette nuit-là, c’est un étrange sentiment qui m’a levée, une sensation d’inachevé, un de ces trucs indéfinissables qui vous poussent à une recherche introspective parce que, merde, on a beau l’aimer, on a beau lui confier toute sa destinée, s’en remettre sagement à sa volonté, parfois, l’Univers semble nous « la faire à l’envers » et l’on aimerait bien comprendre pourquoi.

Cette nuit-là, je me suis allongée sur ma terrasse, bras ouverts, yeux en l’air et j’ai cherché ce qui pouvait bien être encore de travers, pas tout à fait d’équerre, quel message, quel enseignement m’offrait cette journée sérieusement délétère (je ne te raconte pas, lecteur, mais fais-moi confiance, quand j’évoque une journée en enfer, au vu de mon seuil de tolérance, c’est qu’elle l’est).

Cette nuit-là, j’ai pris le temps d’une petite palabre avec le Grand Tout, l’Univers, la Justice étoilée. Cette nuit-là, j’ai compris que j’avais quelque peu baissé les bras, cessé de pédaler, que mon vélo électrique était bloqué uniquement à cause de moi.

Et tout est venu dans un souffle de vent, un peu mélangé comme le sont les feuilles et la poussière lorsqu’elles sont éparpillées par la tempête : celle qui m’a fait renaître, celui qui a déclaré que tout était à ma portée, une histoire d’empan que je n’avais pas jaugé si grand, de pointes des pieds et de talons déchaussés, les mots de celui qui m’a dit qu’il était grand temps de m’aimer (vu mon âge avancé) un peu plus, un peu mieux.

Et là, l’évidence : il faut tuer, non pas Constance, mais La Vilaine.

Parce que les mots ont un sens, les mots ne sont pas anodins ou légers, les mots peuvent coller, vriller et empêcher, les mots sont lourds de sens et de conséquences, j’ai décidé qu’il était temps de me désolidariser de ce sobriquet, de décoller Audrey de La Vilaine, alors cette dernière, je l’ai tuée, effacée, biffée.

Ne te bile pas, lecteur de mon coeur, le blog ne bougera pas, ni son titre ni le contenu qui s’y déverse à chaque fois, non, c’est juste une question d’identité. Pas plus que je ne suis aujourd’hui Marie-Agnès Dupin, je ne veux encore me définir comme La Vilaine, je ne la renie pas, je ne l’oublie pas, je l’aime encore et je sais pourquoi. Mais aujourd’hui, il est temps, grand temps de cesser de me nommer ainsi.

 

 

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1 commentaire

Publié par le septembre 8, 2018 dans triturage de cervelet

 

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Une réponse à “Le jour où j’ai tué La Vilaine

  1. anniemots

    septembre 8, 2018 at 11:52

    Oohh …. bon ok alors au revoir à la Vilaine

     

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