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Tous les matins du monde

Tous les matins de mon monde

On a recommencé.

On a recommencé parce que la folie ça s’entretient, parce que l’on doit aller chercher la magie dans le quotidien, qu’il n’est pas question d’attendre qu’elle vienne nous chercher par la main.

On a recommencé.

On a recommencé et j’ai pensé que ce serait plus aisé, que le réveil serait encore plus léger, que ça piquerait chaque jour un peu moins.

On était plus nombreuses, mais ce matin ce n’est pas de nous que je vais te parler, lecteur, pas d’elles, pas de mes soeurs de coeur, je l’ai fait hier et leur ai redit mon bonheur aujourd’hui.

Non, je vais te parler de cette arrivée en ville alors qu’il fait encore nuit.

Je vais te parler du silence que brisent à peine nos voix, du parcours sur le pont qui mène à leur voix, à eux, à celles des artistes venus encore plus tôt que nous pour célébrer le soleil devant un parterre de cygnes endormis.

Je vais te parler de la beauté de découvrir leur silhouette à mesure que le jour se lève sur leurs mesures, de distinguer chaque minute un peu mieux leurs traits et les traits de leurs accords, de voir les oiseaux s’éveiller sur le rythme doux de leurs envolées.

Je vais te dire combien les spectateurs s’arrêtent de respirer quand les musiciens marquent une respiration.

Je vais te conter ce mélange incroyable du piano de Joanna Goodale et de la kora de Sankoum Cissokho, de l’harmonie parfaite de leurs voix, des rayons du soleil en équilibre sur la partition, de cet astre majestueux entre les pieds du piano comme une apparition .

Oui, on a recommencé, on est revenu aux bains des Paquis pour une nouvelle Aube Musicale, et je crois bien que je pourrais démarrer de cette manière-là tous les matins de mon monde.

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Publié par le août 10, 2018 dans triturage de cervelet

 

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Âm(i)es

Aubes Musicales – Joanna Goodale

4h30, une part en moi me susurre qu’il faut être un peu dingue pour se lever aussi tôt que ça… Tandis que tout le monde dort parce que la chaleur n’est plus là, tandis que mon corps dort encore et que mon coeur n’est pas tout à fait là, j’ouvre un oeil et j’étire mes bras.

4h30, autant dire potron-minet et même un peu plus tôt que ça.

4h30, une heure qui n’existe presque pas.

Mais je sais où l’on va et je sais avec qui et pourquoi : je revois ce dernier dimanche de canicule où l’on a célébré notre féminité, où l’on s’est gommées et enveloppées, où l’on a pris du temps pour parler et se coller-serrer. Je revois la simplicité et le bonheur qui nous ont toutes les trois animées, les rires et la douceur de leurs si nombreux sourires, je revois les gestes esquissés, ritualisés et j’entends à nouveau les mots échangés.

4h31, comme un coup de pied au derrière, je me lève aussitôt. La motivation est là, aucune envie de retour en arrière, j’abandonne mon lit pour les retrouver, partager, s’offrir un moment de grâce comme d’autres, les soirs d’été, dégustent une glace sur les quais.

Une minute, il m’aura fallu tout juste une minute pour oublier la fatigue, pour que la joie de partager un concert sur le lac au lever du soleil la boute hors de moi, la remplace par petites touches lumineuses avant de prendre toute la place.. Une minute, il m’aura fallu tout juste une minute pour apprécier de me lever aussi tôt.

Parce que ce sont elles, parce qu’elles sont des amies, elles sont des femmes, elles sont ça et bien plus à la fois.

Elles sont des ailes sur mes pas, la légèreté et la profondeur du mouvement, elles sont mes piliers dans les tourments, elles sont la douceur, elles sont l’absence de jugement, elles me rendent meilleure, m’aident à aller de l’avant, elles sont des âmes resplendissantes et réjouissantes.

Elles sont des femmes, elles sont de belles âmes, elles sont mes âm(i)es, elles sont à la fois le soleil et la beauté de la nuit.

Et la promesse est tenue, la magie est là, le soleil se lève sur les airs pianotés par Joanna Goodale. Les oiseaux se joignent au concert, les abeilles taquinent la pianiste pour s’allier à cet univers-là. La promesse de l’aube, c’est bel et bien ça.

 

 

 
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Publié par le août 9, 2018 dans triturage de cervelet

 

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Légère comme la vie

Léger comme le début d’un chemin

Je n’ai pas voulu entendre le réveil, je n’ai pas voulu que ce soit sa musique qui sonne le glas, qui marque la fin.

Je n’ai pas voulu entendre le réveil, alors j’ai demandé à mon corps qu’il s’éveille seul un peu avant.

Je n’ai pas voulu entendre le réveil, pour m’en assurer je l’ai étouffé de ma main.

Je n’ai pas voulu entendre le réveil, je n’ai pas voulu que ce son me crie à l’oreille : « lève-toi, il est temps ».

Je n’ai pas voulu entendre le réveil, alors je me suis levée et je l’ai éteint.

Je n’ai pas voulu entendre le réveil, que tout s’arrête sur une sonnerie ? C’eut été bien trop violent.

Je n’ai pas voulu entendre le réveil, je n’en avais pas assez, je voulais d’autres lendemains.

Je n’ai pas voulu entendre le réveil, j’ai refusé ce début de journée, comme un caprice, comme une enfant.

Je n’ai pas voulu entendre le réveil, je voulais le chant des oiseaux, je rêvais de la caresse du vent.

Alors je me suis levée lentement, à pas de chat, sans bruit.

Alors je suis sortie, je me suis étirée dans l’herbe, j’ai écouté respirer la vie.

Alors j’ai regardé le soleil qui se lève sans qu’aucun réveil ne vienne le sonner.

Et puis je suis rentrée, le coeur à la fois lourd et léger. Lourd comme un départ, léger comme le début d’un chemin, comme le début d’une vie.

 

 
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Publié par le août 5, 2018 dans triturage de cervelet

 

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Pas de lézards

« J’ai gravi la montagne et je suis en plein ciel » Paul Fort

C’est un lieu sans lézards, un endroit haut, trop haut pour qu’ils y parviennent.

C’est un lieu sans lézards où seul le tintinnabulement des cloches pendues au large cou des vaches résonne comme le chant de bols Tibétains par centaines.

C’est un lieu sans lézards où l’on pose et l’on oublie, un lieu qui se vit de l’intérieur vers l’extérieur, de l’extérieur vers l’intérieur, un lieu qui nourrit, un lieu plein d’ailleurs.

C’est un lieu sans lézards, comme une parenthèse que l’on ne refermera jamais tout à fait, parce que du bout des doigts on y a caressé le ciel, la lune et les étoiles, parce que de telles caresses sont des promesses.

C’est un lieu sans lézards, un endroit où l’on sait, où l’on sent, où l’on est.

C’est un lieu dont il faudra bien redescendre pour rejoindre les lézards et les salamandres, mais chargé de ce lieu, changé de ce lieu, parenthèse jamais tout à fait refermée, on dansera sur les cendres pour allumer un nouveau feu.

 
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Publié par le août 4, 2018 dans triturage de cervelet

 

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Les petites miettes

des petites miettes

Dedans, il ne reste que des miettes et des jouets éparpillés.

Partout, sous la table, sur la table, des miettes et une part de gâteau dont le glaçage a fondu sous la lourdeur de la journée.

Dedans, il ne reste que des miettes.

Partout, sur le lino, des miettes et des bouteilles vides, celles que l’on offre en remerciement pour la venue et les cadeaux.

Dedans, il ne reste que des miettes.

Partout, sur la table recouverte d’une nappe, des miettes et, dehors, des jeux en bois, un appareil à barbapapas.

Dedans, il ne reste que des miettes.

Partout, des miettes et des emballages cadeaux, des feutres et des assiettes en carton.

Dedans, il ne reste que des miettes, de petites miettes qui rappellent qu’il y eut une fête, des rires et des d&anses, des chants et des enfants.

Dedans, il ne reste que des miettes, des petites miettes d’une fête dont il ne reste que des miettes.

 

 

 
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Publié par le juillet 15, 2018 dans triturage de cervelet

 

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Le prochain

Plongeras-tu avec moi ?

C’est revenu, c’est là, comme un battement de coeur, un rythme cardiaque qui s’emballe.

C’est revenu, un battement de coeur, un battement d’ailes qui palpite entre les omoplates.

C’est revenu, un battement d’ailes, une nitescence, une brûlure incandescente qui enflamme la pulpe des doigts.

C’est revenu, c’est là. L’envie, le besoin, la nécessité d’à nouveau poser sur le papier, d’aligner, de vider ce qui agite mes pensées.

C’est revenu, je ne sais ni comment, ni pourquoi maintenant.

Est-ce le soleil, la danse, les yeux de chat ? L’envie de vivre, de faire n’importe quoi ?

Je l’ignore mais c’est là. L’envie, le besoin, la nécessité, à nouveau de me coucher sur le papier.

Il me réveille, il vole mon sommeil, il chuchote à mon oreille qu’il est là à un ou deux pas.

C’est revenu. J’ai un titre, un début, une fin, c’est revenu ou plutôt ça revient.

Il n’est plus très loin, le prochain…

Seras-tu là ?

Plongeras-tu avec moi ?

 
 

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Une fraction de seconde en absence

sur mes pas

Je suis revenue sur mes pas.

J’avais fait une promesse, celle de revenir voir les élèves qui m’avaient accueillie pour étudier « Les fleurs roses du papier peint » par effraction, pour recueillir leurs impressions une fois la lecture terminée.

Cette fois, je suis venue sans nervosité, je les connaissais (un peu) et j’étais heureuse de les retrouver.

Leur institutrice avait fait en sorte que tout le livre soit lu, à l’exception du dernier chapitre, le chapitre vingt-trois, les quelques dernières pages, les quelques derniers mots. Le dénouement, avait-elle estimé, me revenait de droit, à moi de leur livrer, à moi de leur dire, à moi de leur lire, à moi de lire leur visage, leurs yeux embués, leur bouche entrouverte.

Alors on a commencé par ça. Par la lecture du chapitre vingt-trois : « Et voir enfin les fleurs roses du papier peint ».

J’ai lu, aussi lentement que possible, j’ai scruté chacune de leurs réactions tout en lisant (relisant pour moi, redécouvrant, il y avait longtemps que je n’étais pas allée à cet endroit-là de mon roman, on évite généralement dans les lectures publiques d’évoquer la fin), ma gorge s’est serrée, parce que j’étais revenue sur mes pas, mais j’ai continué sans rien en montrer.

J’ai lu la dernière phrase et, parce que j’étais revenue sur mes pas, j’ai pris un temps pour refermer le livre, un temps court, un temps respirant.

Une fraction de seconde, j’étais revenue sur mes pas. Un an en arrière, au moment précis où j’écrivais ce chapitre vingt-trois, ces quatre derniers mots-là.

Revenue sur mes pas pendant une fraction de seconde je n’étais pas là, pas avec eux, pas dans cette salle, dans cette école en leur présence.

Une longue, une puissante fraction de seconde en absence.

Une ombre furtive posée sur le coeur, une presque transe, une fraction de seconde en absence.

Un instant furtif tête tournée, chemin examiné, vertige éprouvé, une fraction de seconde en apesanteur, des fleurs sur la peau, les yeux dans l’eau.

Et puis je suis revenue à moi, à eux et à leurs yeux à eux, pleins d’attente et de questions.

J’ai accueilli leurs mots, leurs inquiétudes face à la dystopie décrite dans mon roman et, en les écoutant, j’ai su qu’ils avaient compris que tout est entre leurs jeunes mains. Que ce sont eux qui feront que cela arrivera ou non demain.

Je suis revenue sur mes pas, une fraction de seconde en absence, et en reprenant conscience je les ai vus eux, avancer tout droit, décidés et concernés par le monde de demain, prêts à se battre comme Gilda, prêts à lutter comme Mildred, et je les ai aimés tout mon coeur, de toute mon âme pour ce combat.

 

 
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Publié par le juin 29, 2018 dans littérature

 

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