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Archives d’Auteur: lavilaine31

Chaleur

Chaleur

Brûlante, assaillie par la fièvre, je chauffe le lit…

J’étire mes jambes pour chercher un peu de fraîcheur, je repousse la couette, tout brûle, je pense : « Si je regarde assez attentivement, je devrais apercevoir de la vapeur s’échapper de mes bras ». Je suis un panneau irradiant, une bouillotte, un sauna aux yeux brillants.

Je repense à Joseph Incardona et à son « Chaleur », je me dis qu’il faut t’en parler, lecteur grippé, qu’il te faut découvrir (si ce n’est déjà fait), cet auteur à l’écriture incisive que je t’avais déjà conseillé ici.

Je repense à Niko, Igor et aux cabines chauffées à 110°C. Tout un roman sur un championnat du monde de sauna, mais ce pourrait être n’importe quoi, n’importe quel autre dépassement de soi et de son orgueil. Je me remémore la quatrième de couverture, son dernier paragraphe :

« Aussi dérisoire que soit l’enjeu, au-delà de toute raison, la rivalité peut parfois pousser l’homme à la grandeur. À la fois pathétiques et sublimes, Niko et Igor illustrent avec éclat le désir d’absolu de la nature humaine »

Je me fais un grog, fort, bouillant, je l’avale en grimaçant, je suis mentalement son trajet cuisant le long de mon oesophage.

J’évoque à part moi quatre passages de ce livre qui m’ont marquée aussi sûrement que ce coup de froid marque mon visage de cernes noires :

« À force de règlement, ils mourront en bonne santé. Y aura finalement tellement d’organes à disposition qu’ils les gaspilleront en les donnant à des alcooliques et des psychopathes »

« Alexandra recule. Comme avec toute chose qui fait mal, mais qui vise juste. Elle recule »

« Alexandra acquiesce, elle aussi pourrait mourir ce soir, rien à foutre, mais elle ne le sait pas. Les extrêmes sont si proches qu’ils vont bientôt se toucher »

« Il faut avoir essoré l’âme : levier magique au bout duquel brille le diamant de la bravoure »

Je cale un oreiller contre mon ventre, passe ma cuisse par-dessus l’amas duveteux, pose mon pied contre celui de fer froid du lit, je m’abandonne à la chaleur, je laisse la fièvre faire son oeuvre : nettoyer, essorer…

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Publié par le janvier 18, 2018 dans littérature, triturage de cervelet

 

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C’est le printemps !

on s’étire, on se réveille !

On a beau répéter que la nature est bien faite, quand je regarde mes poules qui se déplument en plein hiver, j’estime avoir le droit légitime d’en douter… L’instant d’après je pense que, comme moi, elles attendent le printemps en caquetant d’impatience (je t’épargne bon nombre d’autres réflexions qui parviennent toujours à se glisser entre le moment sus-évoqué et l’instant d’après, comme ma sincère interrogation sur la raison de leurs cris d’orfraie quand elles pondent : la surprise peut-être ?).

Alors ce matin, en leur donnant du grain et quelques restes (sans quoi elles me picorent le chignon en signe de protestation et j’aimerais éviter un soulèvement voire une révolution), je leur ai annoncé la bonne nouvelle : accrochez-vous aux trois, quatre plumes qu’il vous reste, c’est le printemps !

Oui, je sais, je te vois lecteur sondeur, en lisant le titre et les premières lignes de cet article tu te dis quelque chose de l’ordre du « ça y est, elle a (re) pété un plomb, elle relit du Vian, c’est pas possible autrement » (le tout ponctué de « hein », « nan » et autres petits bruissements pour appuyer ton jugement de Pyrrhonien et pour t’attirer l’approbation d’un ou deux copains), ton côté plus indulgent y voit seulement l’expression de mon empressement à revoir le soleil, le climat tempéré, la fin du brouillard, l’abandon de la bouillotte, la remise au placard des collants qui font débat et des bas qui sont collants…

Je te concède au moins le second point, le printemps, je l’attends de mon pied le plus ferme, j’ai commencé à l’attendre à la seconde même où l’automne a disparu, lui et son lot d’encore-un-peu-de-douceur, d’encore-un-peu-de-lumière, d’encore-un-peu-de-couleurs. Mais tu te fourvoies le doigt dans l’oeil pour le premier point, je suis encore tout à fait saine d’esprit et oui, c’est bien le printemps, pas ici, pas chez nous, pas sur notre calendrier des saisons à nous mais en médecine chinoise, n’en déplaise à la neige que ma grenouille stomacale annonce depuis ce matin avec un air tout à fait certain (je t’en parlerai plus tard de ce batracien) et cette affirmation est parfaitement argumentée : les jours rallongent, le cycle redémarre donc, c’est le printemps. Raisonnement implacable, convenons-en.

(Si tu es dépressif saisonnier, c’est à ce moment précis que tu me remercies pour cette bonne nouvelle et où tu te mets à adorer la médecine chinoise, si toutefois ce n’était pas encore fait).

Et il n’y a pas que les jours qui rallongent, mon énergie aussi. Ça bouillonne à nouveau depuis mes pieds jusqu’à mon cerveau, ça danse dès potron-minet, ça salue le soleil même pas levé, ça démarre mille projets, mille envies, des notes posées partout et tout le temps, des titres, des intrigues, de l’aménagement sans ménagement, de la joie de vivre et un début de roman, le tout sans question, sans doute et sans oh-bordel-trier-tout-ça-va-prendre-un-de-ces-temps et sans ménage de printemps.

Alors, oui, j’écris vite et beaucoup et notamment ici, mais si soudain je disparais à nouveau de tes écrans de surveillance, lecteur ultra-connecté et réseau-socialisé, ne te bile pas, c’est que j’écris ailleurs et c’est aussi pour toi…

 

 

 

 
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Publié par le janvier 15, 2018 dans triturage de cervelet

 

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5 livres Au menu

Petite sélection

Je devais te faire ce petit billet en fin d’année, lecteur festif, pour t’aider si, toutefois, tu voulais dépenser quelques uns de tes deniers dans du papier, du livre, des rêves écrits et éveillés.

J’étais pleine de bonne volonté, je voulais t’offrir de la recommandation en pack de 12 pour te faciliter tes achats de Noël, pour contenter ta famille, te suggérer du contenu contentant pour ton nouvel an, et même pour le convive imprévu dont tu ignorais tout mis à part le fait qu’il donnait du « mon chou » à ta soeur depuis ce qui te semblait être à peine une poignée d’heures.

Et puis voilà, moi aussi j’ai fêté ça, je n’étais pas là et même une fois revenue il a fallu s’occuper de faire tourner le tambour de la machine à laver, autant dire que j’étais là mais en fait vraiment pas. J’ai donc failli abandonner l’idée de ce billet et puis, dans un soubresaut d’amour pour toi, j’ai décidé que finalement, si ce n’était pas des idées pour ton nouvel an, ça pourrait au moins t’offrir une to-read list pour ton année, alors, voilà, je m’y mets.

Je vais y aller simplement (« parlons bourrin » aurait dit quelqu’un de diplômé que je connais bien), je vais te lister les 5 livres qui ont emporté mon coeur et mon esprit cette année (une demi-année, en fait, sachant que j’ai dû me rattraper n’ayant que très peu lu tandis que j’écrivais).

Je vais commencer par « L’Écume des jours » de Boris Vian, relu récemment et qui explique un ou deux de mes écrits un peu barrés sur ce blog. Je ne vais pas t’en faire le résumé, je ne vais pas te rappeler pourquoi ce livre est un chef d’oeuvre, je doute qu’il y ait encore qui que ce soit pour ignorer son existence…

Je remonte un peu dans mon temps de lecture pour te parler du livre bouleversant de Sorj Chalandon « Le jour d’avant », qui n’a sans doute pas besoin de ma modeste contribution pour aider à sa promotion. Je peux juste te dire qu’il est rare que je partage l’avis général, que je me fie plus à mon instinct qu’aux critiques, mais que là, vraiment, cette unanimité est amplement méritée. Ce livre est un bijou émotionnel…

Sorj Chalandon me mène directement et logiquement à Michèle Gazier (puisque nous étions ensemble aux Mille-Feuilles) et à son très beau roman : « Silencieuse » qui réussit le tour de magie de faire d’une enfant le centre d’une histoire, le centre d’un village, sans jamais la décrire vraiment… Là encore, je te laisse aller puiser le résumé chez ton libraire ou encore le googliser.

Je vais aussi te causer d’un auteur bien plus confidentiel, une femme aussi talentueuse que drôle et cultivée et qui, elle, a bien besoin d’un coup de main puisqu’elle est auto-éditée : Julie Deh et son « Comme un oiseau », une écriture de dentelière, une histoire de va-tout pour trouver le bonheur, un écho à ma Marie-Agnès Dupin.

Enfin, un livre pour la durée, la « Correspondance 1944-1959 » d’Albert Camus et de Maria Casarès… Tu connais (ou pas) mon amour pour l’épistolaire, 1300 pages de lettres ne pouvaient que me séduire et je n’ai pu résister à me l’offrir (malgré un poids un peu trop gros pour mes bras). Bien sûr, ce n’est pas un livre que l’on lit d’une traite, on n’est pas des vaches (j’ai tout à fait conscience que cette vanne pourrait me valoir l’anéantissement total des balbutiements de ma carrière littéraire, mais j’assume), c’est une plaque de chocolat dont on déguste un carré par ci, un carré par là (pour ma part, quelques lettres chaque matin avant le lever du jour), c’est un bonheur que l’on ne consomme que par petite demi-heure mais qui est virevoltant, inspirant (j’y vois chaque jour des adaptations théâtrales, des romans…) et qui, au-delà de l’immensité de cette histoire d’amour, nous apprend beaucoup, tellement, sur le processus créatif de Camus et sur le métier d’actrice de Casarès.

 

 
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Publié par le janvier 14, 2018 dans littérature

 

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Les oubliés de la bibliothèque

Souvent je ris toute seule…

Ils auraient dû rejoindre la pile de la petit table de chevet en bois, la pile des « to-read », ils auraient dû attendre sagement leur tour mais pour une raison inconnue, ils ont été trianglebermudés (merci Véronique Ovaldé).

Ils avaient été achetés parmi tout un tas d’autres, parce que je n’avais pas su choisir, parce que, comme une camée, je prévois de ne jamais en manquer.

Peut-être ont-ils été rangés à la va-vite dans la bibliothèque par une journée faste de grand ménage (habillé) de printemps. Le temps a passé, les livres se sont enchaînés, ils ont été oubliés.

Et puis, à la faveur d’une recherche effrénée et tremblante (plus rien à se mettre sous la dent, plus rien à avaler), alors que je pousse les livres placés sur le devant de l’étagère pour libérer ceux qui sont derrière, que je souris au souvenir de celui-ci, que je songe qu’il faudrait à nouveau classer tout ça, ils tombent sur moi.

Littéralement, littérairement, ils tombent sur moi, les oubliés de la bibliothèque, les laissés-pour-compte, les pour-plus-tard, ils chutent vertigineusement de là-bas-au-fond-tout-derrière, droit sur mon front.

Un rapide coup d’oeil au beurre noir et pâte feuilletée pour vérifier s’ils sont cornés, annotés, si un passage se rappelle à mon souvenir. Non, ce sont bel et bien des rescapés, des naufragés. Et comme pour s’assurer de ne plus être abandonnés, comme pour s’accrocher à mon regard, pour attiser ma curiosité ou pour me démontrer par A + B page 64, second chapitre que je les ai négligés, ils me percutent d’une phrase, LA phrase, le paragraphe qui va comme un gant à mes actuelles et torturées pensées, qui les enveloppe d’un sens différent, qui les éclaire en un instant.

Comme cet éphéméride perpétuel qui trône sur mon bureau et qui, chaque matin semble connaître de quoi sera faite ma journée, les livres ont ce pouvoir étonnant de ME lire tandis que je cherche à noyer mes pensées.

 
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Publié par le janvier 11, 2018 dans littérature, triturage de cervelet

 

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L’année de l’envol

Dans TES mains

J’ai mis un peu de temps pour te les adresser mes voeux, lecteur superstitieux et rêveur… J’ai mis du temps mais, à ce que l’on dit, nous avons tout le mois de janvier pour ce faire, tu ne pourras donc pas me taxer d’être totalement tête en l’air.

J’avais besoin de sonder ce que cette nouvelle année pouvait nous apporter, j’avais besoin de farfouiller au fond de mon coeur pour y dénicher l’intention à lui donner. Tu le sais, les voeux normaux à base de bonne année, bonne santé, ne sont pas ma tasse de thé et ne l’ont jamais été. Tu le sais aussi, depuis l’an passé, je sais les accepter et j’en viens même à les aimer. L’an passé, l’année UN, l’année de l’audace, l’année du OUI, l’année de la VIE, a finalement mis une sacrée pression sur celle qui s’ouvre aujourd’hui.

J’ai reçu des messages inspirants depuis ce premier janvier, comme si, tous mes proches amis (mais aussi des contacts plus éloignés) savaient mieux que moi ce qu’il fallait me souhaiter, ce que cette année DEUX devait m’apporter.

« Année conquérante », « Année remplie de jolis mots, de tendresse et de respect », « Année étoilée », « Année de l’envol ».

Voilà, on y est, ai-je pensé, le lien entre 2017 et 2018 est fait. Si la première a sonné le déploiement de mes ailes (grâce à toi, lecteur soldat), si le souffle que chacun y a déposé (et je n’aurais pas assez de ce billet pour citer tous ceux qui, croisant mon chemin cette année même quelques instants, l’ont fait consciemment ou non) a permis de les étirer, de les renforcer, de les muscler, la seconde ne peut être que celle de l’envolée.

Il est temps de se jeter joyeusement dans le vide, sans peur ni vertige.

Alors, doux lecteur, je te souhaite de même pour cette année… Je te souhaite de prendre conscience que tu es, que tu existes, que si tu n’es que promesses, n’attends personne pour les tenir (« Je n’existe pas, j’attends d’exister, je ne suis que promesses » Maria Casarès à Albert Camus*)…

Je te souhaite de découvrir que tu es le seul maître de ton bonheur, que personne ne détient le pouvoir de te rendre heureux si ce n’est TOI, que tu es le seul responsable de ta vie, qu’il n’y a que toi qui peut t’empêcher d’être pleinement toi et ce, même si certaines rencontres peuvent y contribuer (« Cela signifie que j’ai retrouvé avec toi une source de vie que j’avais perdue. On peut avoir besoin d’un être pour être soi-même. C’est ce qui arrive en général. Moi, j’ai besoin de toi pour être plus que moi-même » Albert Camus à Maria Casarès*).

Je te souhaite donc d’être toi, envers et contre tes peurs, de suivre avant tout ce que dicte ton coeur, de prendre le temps de l’écouter et puis, avant la fin de l’année, de t’envoler…

 

*Extraits de Correspondance 1944-1959 / Marias Casarès Albert Camus – Éditions Gallimard

 

 

 

 
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Publié par le janvier 9, 2018 dans triturage de cervelet

 

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Douze cinquante

Hasardeux client

C’est vendredi soir, il est 19h25 précises. La buraliste lorgne sur sa pendule et, dans le même temps, sur la file d’attente qui s’allonge…

Elle ferme dans cinq minutes, les clients ont ce don agaçant de s’y prendre à la dernière minute pour refaire le plein de clopes ou jouer leur va-tout au Kéno® parce que, démarrer l’année avec le compte renfloué, ça les fait rêver même s’ils tentent leur chance en vain depuis des années, même si, à force, les grands gagnants du loto et autres gros lots s’apparentent plus à de la légende urbaine qu’à une vraie possible aubaine.

Elle prend sur elle pour ne rien laisser paraître de son impatience, enchaîne les scanners sur les grilles remplies de beaucoup d’espoir et d’un peu d’encre, sourit juste ce qu’il faut, donne du bonsoir et de la bonne année aux habitués.

Et puis voilà Raymond, il tend son précieux billet sans marmonner la moindre politesse, la sueur qui perle sur le front, il farfouille dans son baisenville parce que oui, Raymond a un baisenville et, sans doute que l’été, il le troque pour une banane estampillée du logo d’une boisson anisée.

La buraliste lui donne le tarif : douze euros cinquante.

Raymond stoppe tout net sa recherche de monnaie, douze euros cinquante ? C’est bien trop… Il doit y avoir une erreur, ou bien est-ce que le prix a augmenté par numéro coché ? La commerçante inspire, regarde à nouveau la pendule puis Raymond qui s’imagine déjà qu’elle tente de le faire marron, qui rougit et perle du front de plus belle.

Pas d’erreur, il semblerait que ce soit la pliure, là, sur le papier qui trompe la machine, ça fait comme une case cochée de plus, indique la commerçante avec un calme mêlé de fermeté, juste ce qu’il faut de fermeté…

Elle précise (des fois que Raymond y ait songé) que le passer de nouveau dans le lecteur ne changera rien à son malheur, il faut recommencer, remplir une nouvelle grille, et tout en précisant le tout avec juste ce qu’il faut d’articulation, elle lance son regard vers le client suivant, persuadée que Raymond va s’écarter pour le laisser passer, le temps de griffonner à nouveau ses numéros.

Mais Raymond ne bouge pas, Raymond n’a pas que ça à faire, alors il va prendre des flash, des grilles automatiques (même si Raymond n’aime pas laisser le hasard se charger du hasard). La buraliste s’exécute et pour que le tout rentre dans le budget contenu dans le baisenville, indique à chaque grille scannée, le montant cumulé.

Quatre euros cinquante, remettez-m’en…

Sept euros, rajoutez-en…

Neuf euros, un dernier et on est bon.

Douze euros cinquante…

Raymond est content… douze cinquante, c’est finalement un excellent montant.

 
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Publié par le janvier 9, 2018 dans triturage de cervelet

 

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Radio kills the video stars

On the air

Je ne t’ai pas raconté, lecteur, la journée enthousiasmante avec mes petits lecteurs par effraction et, prenant conscience de mon erreur (enfin, de mon manquement, de mon oubli, de mon manque de temps) je m’en vais de mes doigts taper sur mon clavier pour te la conter (pour les voeux de début d’année, on attendra un prochain billet).

Cette fin d’année a décidément été marquée par de bien jolis moments sur mon chemin et celui-ci en fut un.

Pour tout un tas de raisons, je n’avais pas fermé l’oeil de la nuit et, en croisant ma mine parfaitement défaite au petit matin, j’ai remercié à haute voix l’option « radio » avant de réaliser que les mouflets, eux, ne manqueraient rien de ma cerne et de ma trombine en berne. Soit, ai-je alors tenté de m’auto-persuader, ça ira dans le sens de la légende de l’écrivain torturé, il me suffira de prendre un air calme, sombre et distancié (ce que, si tu me connais un peu, doit bien te faire marrer) tout en croisant tous les doigts que j’ai (vingt en tout, pas un en moins, pas un en trop) pour que personne, je dis bien personne, ne prenne de photo.

Bref, passons mes élucubrations matineuses (passons aussi le fait que mon cerveau ayant un jukebox intégré, j’ai eu « Video kills the radio stars » dans la tête en boucle pendant 24 TRÈS LONGUES heures – ne clique pas malheureux ! ne clique pas !- ) et venons-en directement à mon arrivée dans cette école suisse où, dès l’entrée, tu sais que tu n’es pas en France ( parfois, je suis lente à la détente) et qui te donne une furieuse envie de revenir vers ta propre adolescence pour profiter de ces lieux et de la façon dont l’enseignement semble y être dispensé.

Je n’étais que nervosité à l’idée de passer la porte d’une classe remplie de pré-adolescents qui, selon leur ravissante institutrice, m’attendaient un peu (je cite) comme une rock star (tu le sens mon malaise ?) et étaient tout flippés-de-leur-race (oui, à journée avec du jeune, langage de jeune), « l’affrontement » n’était pas équilibré, douze contre une et comme je n’adore pas être la reine de la fête…

Après un temps d’observation en immersion (diable ! que cette enseignante enseigne avec passion !), de succinctes présentations (12 prénoms d’affilée à ne pas oublier ou mélanger), l’enseignante a eu cette phrase glaçante à l’intention de ses élèves : « Pour se mettre à l’aise, je vous propose de poser quelques questions à Audrey, ce qui vous passe par la tête »… Ok… Déglutition… Pour mettre à l’aise qui ?

Tu imagines, lecteur, 12 têtes alignées le long d’une grande tablée avec toi en bout de ladite table, 12 paires d’yeux qui te scrutent, observent chacun de tes petits gestes, se la grattent (la tête), réfléchissent puis lèvent le doigt la question sur la langue, la joue soudain rosie ? À l’aise…

Et puis, si… Des questions choux (sauf celle qui a entraîné des devinettes sur mon âge, hein), des gamins bourrés d’imagination et de motivation. Ensuite, tout s’est enchaîné, je leur ai lu le nouvel extrait à étudier des « Fleurs roses du papier peint » (pièce puzzle de leur enquête), j’ai vu leurs bouilles déconfites-interloquées-incrédules face à la révélation du « problème Mildred », j’ai écouté leurs théories souvent pleines de bon sens sur pourquoi, comment le livre a-t-il pu être à ce point rejeté… J’ai adoré ! Je serais restée toute une semaine avec eux (je compte d’ailleurs bien revenir les voir une fois qu’ils auront lu tout le livre).

Et puis nous avons fait un filage pour préparer l’émission de radio, j’ai été époustouflée de découvrir leur professionnalisme (certes dirigé et bien préparé par leur institutrice mais tout de même), touchée par une enfant qui, prise par le trac, a soudain sangloté, j’ai été enchantée par la chaleureuse équipe de radio, l’accueil plus qu’agréable de l’équipe enseignante (Direction incluse) je n’en avais plus rien à faire que qui que ce soit prenne une photo, j’étais bien.

Et l’enregistrement dans les conditions du direct m’a encore plus épatée, toutes les petites imperfections du filage se sont envolées, mes petits lecteurs ont été portés par leur propre plaisir, ils ont (comme on dit quand on est jeune, frais et spontané) assuré-leur-race (encore bravo !) !

Alors, si tu veux écouter cette belle émission, entièrement réalisée par les enfants (jingle à la Robins des Bois ou à la Poulpe – selon tes (p)références- inclus), il te suffit de cliquer ici puis de (re)cliquer sur le dessin du poste de radio, je te préviens, ce sont de vrais pro !

 
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Publié par le janvier 8, 2018 dans littérature

 

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