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Archives de Catégorie: triturage de cervelet

Le poing sur le i

Poing d’exploitation

Maintes et maintes fois je les ai contemplées.

Les mains m’émeuvent lorsqu’elles se meuvent avec la grâce de la minutie, quoiqu’elles manient.

Les mains caressent, les mains enserrent, les mains donnent ou bien reprennent.

Les mains attachent, les mains empoignent, les mains gardent le précieux en leur creux.

Les mains fabriquent, les mains détruisent, les mains effleurent et brutalisent.

Les mains soignent, les mains se joignent.

Les mains parcourent des kilomètres, sur des corps, sur des claviers, et sur la peau font frissonner.

Les mains parlent et soulignent, elles sont les poings d’exclamation, la ponctuation offerte au son.

Les mains effleurent, les mains virevoltent, les mains dansent des balais hypnotiques.

Les mains se tendent, les mains soutiennent, les mains apprennent.

Les mains s’abiment, les mains travaillent, elles sont un poing d’exploitation.

Les mains réchauffent, les mains recueillent, les mains devinent.

Les mains tremblent, les mains trempent, les mains trahissent.

Les mains disent ce que l’on est, les mains racontent ce que l’on fait.

Les mains font, les mains défont, les mains touchent…

Les mains ME touchent.

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Publié par le juin 13, 2019 dans triturage de cervelet

 

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Tout l’Univers

Tout ce que je te dois

Il y a ces mots trop petits pour contenir tout ce que l’on veut dire, ces mots pourtant jolis, inventés tout exprès mais qui ne sauraient englober toute l’étendue de nos pensées.

Il y a ces gestes minuscules qui contiennent des univers entiers. Il y a l’eau froide versée dans le café.

Il y a cet arbre vers lequel on retourne se poser, il y a la mousse et l’ail des ours.

Il y a les mots que l’on n’a plus besoin de dire, les phrases que l’on n’a plus à finir.

Il y a la musique du matin au soir, il y a les n’importe quoi dans lesquels on s’élance avec joie.

Il y a le matelas au milieu du salon, il y a les volets clos pour de bon.

Il y a les mots, il y en a tout un flot.

Il y a les danses, il y a les bols, il y a leur son.

Il y a a les goûters de minuit, il y a les rires au milieu de la nuit.

Il y a ce besoin de rituels, de pleine lune et de nouvelle.

Il y a tout ce qui n’existait pas.

Il y a tout ce que je suis multiplié par lui.

Il y a tout ce que je dois à l’Univers et moi.

 
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Publié par le juin 9, 2019 dans triturage de cervelet

 

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Bouge !

Bouge

C’est un frisson qui part du creux des reins, un chuintement léger…

Bouge…

C’est un chuchotement qui remonte par la moelle et la fait vriller…

Bouge…

C’est un mot qui circule dans des veines gelées…

Bouge.

C’est bientôt un cri qui électrise les pieds…

Bouge !

Ce sont des vêtements changés à la va-vite, des baskets tout juste enfilées.

Bouge !

C’est une tension pesante qui claque la porte sans se retourner.

Bouge !

C’est un pas rapide, une course irraisonnée.

Bouge !

C’est suivre ses pieds sans savoir où aller.

Bouge !!

C’est un besoin de corps, une envie de suer.

Bouge !!!

C’est un coeur qui palpite, une poitrine essoufflée.

Bouge !!!!

C’est une douleur aux jambes que l’on a invitée.

Bouge !!!!!

C’est rentrer le souffle court et la peau trempée.

Bouge.

C’est s’allonger au sol et respirer.

Bouge…

C’est une voix qui se tait parce que tu l’as écoutée.

 

 
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Publié par le juin 5, 2019 dans triturage de cervelet

 

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Lettre et le néant

Mets ton empreinte

« Quand on envoie des lettres, c’est pour annoncer des mauvaises nouvelles »

Elle a dit ça comme ça, attendant sûrement que la buraliste qui lui vendait 5 timbres questionne, interroge, renchérisse… Elle était juste devant moi, je ne voyais que son dos, ses cheveux mi-longs, frisottés, ses épaules basses un peu penchées vers l’avant. Elle a payé, relevé la tête et a marqué un temps. Elle attendait toujours, sûrement… Mais la buraliste n’a pas cillé, pas répliqué, elle a juste encaissé et levé son regard sur le client suivant, la cliente suivante, moi.

La dame a pris ses timbres, les a fourrés dans son portefeuille et marqué un nouveau temps. Elle attendait toujours, sûrement…

Moi, j’ai attendu qu’elle se retourne pour sortir de la queue, j’avais envie de voir ses yeux, de lire son visage, croiser son expression.

Moi, j’attendais une ouverture, une occasion…

J’avais envie de lui dire que cette phrase « quand on envoie des lettres, c’est pour des mauvaises nouvelles » était la phrase la plus triste que j’aie entendue ces jours.

J’avais envie de lui parler de lettres d’amour, de correspondances enflammées… j’avais envie de lui parler de Camus et Casares ; de Mitterand et Pingeot ; de Jonathan Swift et le scriblerus club ; j’avais envie de lui opposer la beauté des lettres écrites avec le coeur, le tracé soigné pour épargner au destinataire de s’égratigner les yeux à déchiffrer, j’avais envie de lui dire comme l’écriture manuscrite est unique à chacun, comme une empreinte digitale, une signature, lui dire qu’aucune phrase, absolument aucune phrase n’est aussi percutante et émouvante que lorsqu’elle est tracée sur le papier.

Elle est passée vite, sans me regarder, sans rien regarder d’autre que ses pieds qui tapotaient le carrelage pour retrouver la sortie, pour retrouver la pluie de ce samedi de mai.

Alors je n’ai rien dit. J’ai tourné sa phrase  « quand on envoie des lettres, c’est pour des mauvaises nouvelles »  cent fois dans ma tête tandis que je remontais à travers les champs (je ne fais pas de course à pied, mais je fais mes courses à pied), j’ai pensé à cette autre phrase dont je n’ai pas retrouvé la citation exacte mais qui, en substance, disait « Écrivez vos lettres d’amour sur papier, retrouver vos mails dans une vieille malle au grenier sera bien plus compliqué ».

Et puis je me suis interrogée : « À quel moment a-t-on cessé d’envoyer des lettres juste pour le plaisir, juste pour faire plaisir, pour qu’elles explosent la monotonie en se glissant entre les piles de factures et publicités ? », j’ai évoqué le souvenir de ma grand-mère, avec laquelle nous échangions des missives attendues avec tant de bonheur, juste pour le plaisir de correspondre.

Alors, lecteur ultra-connecté, envoie des lettres, glisse ton empreinte dans tes mots, choisis ton papier avec soin et enveloppe le tout d’un peu de ton coeur pour qu’envoyer/recevoir des lettres soit un peu recevoir de l’être et non pas du néant.

 
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Publié par le mai 4, 2019 dans triturage de cervelet

 

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(F)BFMTV

je n’ai pas la télé

24h, il m’aura fallu 24h pour avoir la nausée, pour saturer.

Comme à chaque « grand événement » mondial, qu’il soit triste ou heureux (même si soyons francs et convenons-en, il y a rarement autant d’engouement dans le comm’ et le partage pour les heureux événements), j’ai eu la sensation de voir, sous mes yeux, mon fil d’actualité se muer en BFMTV.

Et je n’ai pas la télé.

24h pour que l’info, répétée en boucle, sous tous les angles, tous les supports (vidéo, photos, tableaux, livres, citations) commentée par les uns, les théoriciens, les polémistes, les analystes auto-proclamés, finisse par imploser pour que sa substance même disparaisse et ne laisse place dans ma tête qu’à un brouhaha ineffable, des acouphènes, des parasites. Et puis, la saturation jusqu’à la nausée.

De l’info en continu, du (F)BFMTV.

Et je n’ai pas la télé.

Alors, comme à chaque « grand événement » mondial, qu’il soit triste ou heureux , j’ai filtré, coupé, court-circuité, arrêté de lire et de regarder.

Ne te trompe pas, lecteur, j’ai été, comme d’autres et comme à chaque « grand événement » mondial, qu’il soit triste ou heureux, profondément touchée. C’est un lieu que je connais bien, où j’allais souvent, que j’aimais vraiment et à propos duquel j’ai tant lu, autour duquel j’ai tant vécu.

Mais je n’allume pas BFMTV, d’ailleurs, je n’ai pas la télé.

Parce que je ne peux avaler de l’info matraquée, de la réaction dacryphilique et instantanée en continu, en mode BFMTV, t’ai-je dit que je n’ai pas la télé ? Parce que ma « coulpe » est vite pleine et qu’à chaque « grand événement » mondial, qu’il soit triste ou heureux, l’info est déjà si énorme qu’elle se suffit à elle-même, à tout le moins dans un premier temps. Parce qu’entre deux, j’ai besoin de digérer, penser, distancier ce que je ne peux, de mes bras menus, changer. Sans quoi je perds la lumière que j’ai eu tant de peine à préserver.

Alors, comme à chaque « grand événement » mondial, qu’il soit triste ou heureux, je préfère le silence.

 

 
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Publié par le avril 17, 2019 dans triturage de cervelet

 

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Locked In Syndrom

Tourbillon de pensées

Elle avait cet air calme et absent, calmement absent, que l’on ne voit porté que sur les visages de deux types de personne : celles qui ont atteint la douceur de l’éveil spirituel et celles qui ont été terrassées par quelque chose de bien trop grand pour elles. Certains chagrins sont trop grands pour qu’une réaction soit possible, tout au plus une triste résignation teintée de sidération.

Quant aux épanouis du spirituel, ils ont souvent ce regard qui ne regarde pas exactement, qui regarde plus loin, ce fin sourire et une économie de mots et de gestes, exactement comme elle que je regardais aller lentement, comme glissant sur un coussin d’air, d’un bout à l’autre de son appartement.

Elle a fini par s’asseoir dans cette lenteur de paresseux, un mouvement décomposé et gracieux. Elle m’a tendu une tasse de thé tandis qu’elle avalait les premières gorgées brûlantes du sien sans la moindre grimace de douleur ou d’inconfort (j’imaginais le trajet du liquide bouillant provoquant des cloques invisibles s’étendant de sa gorge à son oesophage).

Je n’ai pas dit un mot, j’ai attendu que ce soit elle, qu’elle lance le premier son, même un soupir d’insatisfaction, n’importe quoi, un signe qui m’indique à laquelle des deux catégories son calme étrange appartenait. J’attendais un signe pour savoir si je pouvais tenter une boutade ou si je devais préparer mon épaule à accueillir ses tourments.

Et puis elle a débité, le nez dans sa tasse, d’une traite et sans me regarder : « Je ne sais pas ce que j’ai… Je suis enfermée dans ma tête, comme une méditation qui ne finirait plus, prisonnière de mes pensées tourbillons, je n’arrive pas à voir, réagir et enregistrer tout ce qu’il se passe autour de moi, mes pensées sont si fortes, confuses et nombreuses que je n’entends plus rien d’autre qu’elles, tout l’extérieur n’est que parasites et bruits, du bruit insupportable, de la déconcentration, comme un marteau-piqueur en bas de ta rue quand tu veux écouter les dialogues d’un film. Je n’arrive pas en ressortir, ce n’est pas que j’y sois mal mais je suis littéralement aspirée-coincée-enfermée dans ma tête. Tu vois ? »

J’ai répondu : « Oui, je vois très bien », le dernier contrôle ophtalmologique n’avait pas été vain, pas plus que mes nouvelles lunettes qui m’avaient coûté un rein.

J’ai ajouté tandis qu’elle semblait m’écouter : « Je t’assure, je vois… J’ai déjà vécu ça. Ce sont tous tes moi qui se débattent et débattent, qui cherchent le chemin, qui veulent savoir vers quoi tu dois aller. Quand tu auras trouvé pour quel moi tu es faite, tu sortiras de ce drôle d’état ».

Elle a soufflé dans son thé pourtant à présent froid puis a relevé la tête : « Oh mais ça, je le sais, c’est le mois de juillet »

Je me suis tu en me disant que, pour le moment, mieux valait effectivement la laisser là où elle était, plus tard, je lui raconterai…

 
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Publié par le avril 4, 2019 dans triturage de cervelet

 

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Composez le 120

observe

Ce fut une journée étrange, une journée de l’étrange.

Ce fut une journée du trop, du tout, un journée Russe de ses montagnes, une journée en up and down.

Ce fut une de ces journées où l’Univers joue, joue beaucoup, une journée où tu le regardes jouer, totalement déstabilisé parce que, tu as beau regarder, chercher, toupiller, tu ne trouves nulle part la règle du jeu qui semble tant l’amuser.

Ce fut une journée compliquée avec plein de mots, plein de beau et tant de jeux de maux.

Ce fut une journée de chaud et de froid, une journée de rires et de voix, de nourriture et d’en cas (en cas d’urgence, composez le cent vins).

Ce fut une journée de danse, de danse du ventre et de transe, de danse du coeur et de l’humeur.

Puis, est venue la soirée…

Ce fut une soirée où tout est retombé : la peur, la musique et l’aigreur.

Ce fut une soirée apaisée, une soirée qui renverse la vapeur, une soirée où tu sais que tu as beau tout ignorer des règles de ce jeu, il te suffit d’attendre, de reculer et d’observer pour comprendre comment y jouer.

 
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Publié par le mars 30, 2019 dans triturage de cervelet

 

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