Comment je suis devenu un écrivain célèbre – Steve Hely

Parce que je ne sais pas choisir parmi tous les livres que je brûle de lire, j’ai un petit carnet qui ne me quitte jamais et sur lequel je note chaque ouvrage chaleureusement recommandé par des amis dont je sais qu’ils partagent mes goûts, et qui me sert de coupe-faim, lorsque, affamée je pénètre dans une librairie et risque d’y acheter à peu près tout ce qui me semble bien écrit.

Pour me sevrer (et parce que mes fringales littéraires peuvent me prendre à la brune et que, soyons francs, la première librairie n’est pas à portée de pas), je commande à présent mes livres une fois de temps en temps, me tenant uniquement à cette liste (bon… D’accord… Personne ne me croit, même pas moi). Je ne vous cache pas que la commande est à chaque fois volumineuse et que lorsque le facteur, essoufflé et de grosses perles de sueurs roulant sur son front, me dépose le paquet tant attendu, je contemple mes petons pour éviter son regard lourd de reproches et me garde de sautiller de joie comme une gaminette de peur qu’il ne m’accuse de sadisme (cela dit, je sais me faire pardonner et achète à prix d’or chaque année un calendrier orné d’horribles chatons que je m’empresse de recycler).

Bref… C’est ainsi qu’au milieu d’une pile d’ouvrages que je caressais déjà en pensée, j’ai joué à amstramgram pour savoir par lequel commencer (une fois le postier assez loin et après la frustration d’avoir refoulé mes sautillements, je ne vois pas pourquoi je continuerais à renier ma vraie nature sautillante). C’est donc sur «Comment je suis devenu un écrivain célèbre» de Steve Hely que le hasard s’est porté. Et nom d’une bouquino-boulémique que le hasard fait bien les choses.

Ce livre est d’une drôlerie absolue. Autant sur le fond que sur la forme. Le sujet tout d’abord. Pete Tarslaw, jeune homme sans ambition, raté professionnel, plutôt négligé et légèrement alcoolique, travaille dans une société chargée de réécrire les lettres de motivation de candidats à des universités prestigieuses. Dans le but d’infliger un camouflet à son ex petite amie qui a l’outrecuidance de l’inviter à son mariage, il décide de devenir un écrivain célèbre dans le temps qui le sépare des noces. C’est l’interview d’un auteur multimillionnaire, mais au talent littéraire discutable, qui lui inspire cette idée. »J’ai joué à un petit jeu consistant à essayer de deviner quels nouveaux sommets de sentimentalité et de prostitution émotionnelle il avait atteints« 

S’ensuit une étude méthodique sur les best-sellers (d’une justesse presque effrayante), pourquoi et comment en faire autant «Le succès littéraire est inversement proportionnel à la qualité littéraire de son ouvrage», cela ne peut donc qu’être très facile à réaliser. En seize règles (hilarantes), le tour de la question est fait et Pete se met au travail.

Steve Hely est d’un cynisme foudroyant, ses descriptions sans indulgence pleines d’images qui font mouche «Vous n’avez qu’à faire une recherche Google image sur son nom. Visez un peu la photo des plis de graisse qui forment des renflements et des dépressions océaniques au-dessus de son col roulé. Regardez son cou gainé d’un prépuce de chair, comme un pénis non circoncis». Le monde de l’édition passe sous la moulinette de ce jeune écrivain (il s’agit d’un premier roman), des auteurs aux critiques littéraires en passant par les lecteurs, les éditeurs, les producteurs hollywoodiens chargés des adaptations « Dans l’escroquerie littéraire, le jeu consistait à écrire des conneries et à convaincre les lecteurs que c’était de la qualité. Mais à Hollywood, le jeu consistait apparemment à dire à ses clients : « Voilà des conneries. Vous allez payer pour ça, et ça va vous plaire » ».

Au-delà de la vaste escroquerie habilement mise en œuvre par Pete Tarslaw (qui est savoureuse), Steve Hely pose toute la question de la littérature (noble, passionnée et passionnante) qui se perd au profit du livre facile d’accès, du «bankable» de plus en plus recherché par les éditeurs. Parsemant son roman d’extraits d’œuvres fictives pour mieux illustrer son propos, de citations d’auteurs imaginaires, il parvient à nous livrer un ouvrage désopilant (il y a longtemps que je n’avais eu de tels fou-rires solitaires) et profond, servi par une écriture moderne (parfois crue) et légère mais non dénuée de soin.

Et si le Washington Post a eu l’apologétique questionnement suivant : « Peut-être avons-nous lu un livre plus drôle ces vingt dernières années, mais nous serions incapables pour l’instant de vous dire lequel ! », je ne suis pas loin de le reprendre à mon compte…

La cité de verre – Paul Auster (livre audio)

La cité de verre - Paul Auster (livre audio)

Ce n’est pas la première fois que j’explore les livres audio. Lorsque je menais encore une vie parisienne, je ne pouvais envisager mon heure et demi de trajet pour me rendre au bureau sans lire, sans quoi, j’avais l’impression de perdre un temps précieux (même si l’observation des voyageurs m’a bien souvent offert une inspiration non négligeable pour les billets de mon blog).

Les jours de grève, alors que collée contre la vitre du train, écrasée par la foule des voyageurs, il n’était même pas envisageable de parvenir à sortir un bras pour replacer une mèche de cheveux venue chatouiller mon nez, j’étais privée de lecture et bien frustrée par cette privation. Jusqu’au jour où, ayant offert des livres audio à ma grand-mère dont la vue baissait, l’idée m’est venue d’en déposer sur mon lecteur mp3 et c’est ainsi que j’ai commencé à «lire en écoutant», et à m’offrir une bulle de détente, bien isolée des grognements des usagers coléreux.

C’est pourquoi, lorsque les agents-littéraires.fr m’ont proposé «la cité de verre» en livre audio, j’ai immédiatement accepté. Ce premier volet de la Trilogie New-Yorkaise de Paul Auster est un texte perturbant, qui explore l’acquis, l’inné, les troubles psychologiques liés à l’éducation et nous apprend beaucoup sur les expériences qui ont pu être menées sur des enfants pour façonner leur cerveau. C’est, bien évidemment, toute cette partie qui m’a le plus intéressée et interpellée. Pour le reste, c’est du Paul Auster et ceux qui l’aiment y retrouveront tout son art.

Concernant le format en lui-même, j’avoue avoir été un peu déçue. Si la qualité d’enregistrement est parfaite, le narrateur n’est que trop peu investi à mon goût, le ton est assez monocorde et les césures inappropriées. On ne peut lui ôter le fait qu’il s’applique, que sa voix est agréable, que la diction est impeccable et qu’il n’y a pas, à un seul moment, un mot qui puisse être incompris. Cependant on aimerait l’entendre «se charger» davantage (comme on dit au théâtre), changer de rythme, d’intonations selon qu’il lit un passage de pure narration ou des dialogues, selon les personnages à qui il prête sa voix. On souhaiterait qu’il «joue» vraiment, aussi bien au sens théâtral du terme qu’au sens émotionnel : qu’il s’amuse !

C’est donc une expérience mitigée pour ce livre-ci, mais je reste convaincue par le bonheur de lecture que peut procurer un livre audio, par l’atmosphère toute particulière dans laquelle il peut nous plonger, nous couper du monde pour quelques heures. Et pour peu que la voix soit belle, le comédien investi, on replonge dans ce moment de grâce, où, enfant, on se laissait bercer par la voix du conteur qui nous invitait au repos.

Je recommande donc chaleureusement à celui qui n’a jamais chaussé des écouteurs pour «entendre» un livre, de tenter cette expérience relaxante.

(Par ailleurs, votre Vilaine cherche actuellement à mettre ses nouvelles sous ce format, je ne manquerai pas de vous tenir informés dès que cela sera fait, et suis prête à étudier toutes vos propositions ou suggestions sur ce sujet).

Je pourrais vous parler…

Miroir aux heures noires - Infographie par La Vilaine

Chose rare, je vais vous parler d’un blog, celui de Valérie. Chose rare, car je me suis toujours refusée à critiquer ou encenser les écrits déposés sur La Toile, de peur de me retrouver captive de la jalousie maladive de celui ou celle dont je n’aurais pas parlé. Ils sont pourtant légion, les bloggueurs qui ont mon admiration, pour preuve la longue liste de mes liens.

Mais voilà, je partage un passé avec Valérie, un passé récemment retrouvé, et ses billets m’émeuvent, parce que c’est elle, mais surtout parce qu’elle manie le verbe comme la funambule qu’elle déclare être dès l’en-tête. Et hier soir, en rattrapant mon retard, les écrits de Valérie m’ont offert une bulle d’inspiration.

Je pourrais vous parler de notre passé, de notre année estudiantine aussi fugace que drolatique, aussi surprenante que chaleureuse, jamais achevée parce que je n’y avais pas la tête, parce que j’avais peur des dettes, qu’elles fussent d’argent ou de sentiments.

Je pourrais vous conter les sourires, les hurlements de joie ou de frayeur, les nuits passées sur un banc pour éviter que les cafards nous contaminent de leur humeur toute citadine.

Je pourrais vous envelopper de ces rencontres faites au détour d’un carrefour, d’une exposition pleine de prétention où Jean-Edern nous prit à part et nous scruta de son étrange regard pour connaître notre sentiment sur son talent.

Je pourrais vous retracer les bonheurs exquis, la complicité de la famille que l’on a choisie. Je ne vous raconterai en revanche jamais, le secret des miroirs aux heures noires, des confidences que l’on n’offre qu’à celle avec qui l’on a tant ri.

Une chose est certaine, les billets de Valérie sont courts mais touchent au cœur, nul besoin de la connaître pour le reconnaître, et si, en passant par ici vous tombez sur elle, quittez-moi sur l’instant pour découvrir son talent.

Vilaine et heureuse !

Peu présente La Vilaine, sans doute que parmi vous quelques uns m’en tiennent rigueur, mais par le truchement de cet article inhabituel je viens me faire pardonner, en vous livrant l’une des raisons de ce manquement grave à mes obligations de blogueuse.

Et oui, la grande nouvelle ce sont, justement, des nouvelles, parues aux Éditions Léda…

Je caressais les nuages de rêves du bout des doigts, et, ne voulant pas vendre la peau de Nounours ni la flute de Nicolas, j’ai choisi de me taire tant que le recueil n’était pas finalisé.

Nous sommes trois auteures réunies par Léda sur cet ouvrage.

Ce blog, vos visites et vos commentaires m’ont encouragée à y croire et à soumettre au silence mes doutes et mes craintes pour, allégée, enfin envoyer mes manuscrits aux Editions Léda qui me pressaient de le faire.

Je ne peux donc que vous serrer chaleureusement bien que virtuellement dans mes petits bras de Vilaine pour vous remercier de votre fidélité et espérer que vous retrouverez ce que vous aimez de moi dans deux nouvelles : « Une phobie particulière » et « Quand je serai vieille ».

Un petit mot particulier pour Frédéric Fredj, Jacques Brévent et PJ Fiedler qui m’ont portée sur leurs épaules afin que de mes doigts je touche ces nuages… Un grand merci également aux Editions Léda, qui, à la lecture de mon blog étaient convaincues, et ce bien plus que moi, que je pouvais tenter pareille aventure.

Vous pouvez commander dès à présent ce livre via le site de l’éditeur : Editions Léda.

A lire :

  • la critique de Fee-tish, sur le site des agents-littéraires.fr : ici
  • la critique de Rosa, sur Rosa lit et Théo dort : ici

 

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Que vais-je faire de ce blog?

Au fond, c’est vrai, j’ai démarré à l’envers, n’aurais-je pas du commencer par une présentation? Par m’expliquer à moi-même (quasi seule lectrice pour l’instant) la raison de l’ouverture d’un blog?

Que vais-je faire de cet espace? Ne vais-je pas tomber dans le piège de m’épancher lamentablement sur une vie au fond très ordinaire? A l’inverse, ne vais-je pas tronquer mes écrits par trop de pudeur et enlever ce qui pourrait être finalement l’essentiel?

Et puis qui suis-je pour imaginer que ma parole a un intérêt aux yeux du monde?

Et vais-je être assidue? Ou n’y aura-t-il qu’un post annuel (ah bah non, forcément y’en a déjà au moins deux) ?

Et puis tant pis, je tente, advienne que pourra! S’il n’y a là que des paroles de sotte caillette j’assumerai, cela aura au moins le mérite de polluer deux trois autres cervelets que le mien, ou si je reste seule lectrice, de me dépolluer mon cortex lisse et de me courber mes pieds plats!

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