RSS

Archives de Tag: correspondance amoureuse

Lettre et le néant

Mets ton empreinte

« Quand on envoie des lettres, c’est pour annoncer des mauvaises nouvelles »

Elle a dit ça comme ça, attendant sûrement que la buraliste qui lui vendait 5 timbres questionne, interroge, renchérisse… Elle était juste devant moi, je ne voyais que son dos, ses cheveux mi-longs, frisottés, ses épaules basses un peu penchées vers l’avant. Elle a payé, relevé la tête et a marqué un temps. Elle attendait toujours, sûrement… Mais la buraliste n’a pas cillé, pas répliqué, elle a juste encaissé et levé son regard sur le client suivant, la cliente suivante, moi.

La dame a pris ses timbres, les a fourrés dans son portefeuille et marqué un nouveau temps. Elle attendait toujours, sûrement…

Moi, j’ai attendu qu’elle se retourne pour sortir de la queue, j’avais envie de voir ses yeux, de lire son visage, croiser son expression.

Moi, j’attendais une ouverture, une occasion…

J’avais envie de lui dire que cette phrase « quand on envoie des lettres, c’est pour des mauvaises nouvelles » était la phrase la plus triste que j’aie entendue ces jours.

J’avais envie de lui parler de lettres d’amour, de correspondances enflammées… j’avais envie de lui parler de Camus et Casares ; de Mitterand et Pingeot ; de Jonathan Swift et le scriblerus club ; j’avais envie de lui opposer la beauté des lettres écrites avec le coeur, le tracé soigné pour épargner au destinataire de s’égratigner les yeux à déchiffrer, j’avais envie de lui dire comme l’écriture manuscrite est unique à chacun, comme une empreinte digitale, une signature, lui dire qu’aucune phrase, absolument aucune phrase n’est aussi percutante et émouvante que lorsqu’elle est tracée sur le papier.

Elle est passée vite, sans me regarder, sans rien regarder d’autre que ses pieds qui tapotaient le carrelage pour retrouver la sortie, pour retrouver la pluie de ce samedi de mai.

Alors je n’ai rien dit. J’ai tourné sa phrase  « quand on envoie des lettres, c’est pour des mauvaises nouvelles »  cent fois dans ma tête tandis que je remontais à travers les champs (je ne fais pas de course à pied, mais je fais mes courses à pied), j’ai pensé à cette autre phrase dont je n’ai pas retrouvé la citation exacte mais qui, en substance, disait « Écrivez vos lettres d’amour sur papier, retrouver vos mails dans une vieille malle au grenier sera bien plus compliqué ».

Et puis je me suis interrogée : « À quel moment a-t-on cessé d’envoyer des lettres juste pour le plaisir, juste pour faire plaisir, pour qu’elles explosent la monotonie en se glissant entre les piles de factures et publicités ? », j’ai évoqué le souvenir de ma grand-mère, avec laquelle nous échangions des missives attendues avec tant de bonheur, juste pour le plaisir de correspondre.

Alors, lecteur ultra-connecté, envoie des lettres, glisse ton empreinte dans tes mots, choisis ton papier avec soin et enveloppe le tout d’un peu de ton coeur pour qu’envoyer/recevoir des lettres soit un peu recevoir de l’être et non pas du néant.

Publicités
 
Poster un commentaire

Publié par le mai 4, 2019 dans triturage de cervelet

 

Étiquettes : , , , , , , ,

Des idées reçues

Les correspondances comme des cadeaux

Les correspondances me fascinent, qu’il s’agisse de correspondance amicale, amoureuse, spontanée ou organisée, je suis admirative de ces échanges épistolaires et de l’effort de régularité qu’ils requièrent. D’abord parce qu’elles sont en voie de disparition, à l’heure du tout-tout-de-suite offert par Internet mais surtout parce que l’écriture, l’amour des mots, le français au sens noble n’a plus l’importance qu’il revêtait et parce qu’être homme ou femme de lettres a perdu de sa noblesse.

Les correspondances me réjouissent par leur surprise. Quand avez-vous pour la dernière fois, trouvé dans votre boîte aux lettres autre chose qu’une facture ou une missive officielle ? Vous souvenez-vous de la joie que vous aviez, enfant, en attendant le facteur, la main sur le cœur, sondant mille fois le fond de la boîte en retenant de vos doigts le battant pour y jeter un œil perçant ? Votre regard, empli d’espoir, qui étudiait chaque enveloppe, et s’assombrissait de ne pas trouver la réponse cherchée ?

Les correspondances m’émeuvent car elles sont des cadeaux. Prendre le temps de choisir ses mots, s’appliquer à former les lettres, s’avancer d’un pas léger pour poster son courrier en s’inquiétant de quand et de comment il sera reçu. Le choix du papier, de l’enveloppe parfois joliment décorée… Ce sont autant d’attentions portées au destinataire, autant de petites marques de respect qu’il est impossible, à mon sens, d’avoir dans le flot d’une conversation orale. Tentez simplement de prendre ce temps en buvant un verre avec des amis et vous lirez rapidement sur leur visage les signes de leur profond ennui, si toutefois ils n’interrompent pas tout bonnement le flux de vos pensées pour reprendre une conversation plus enlevée.

Les correspondances me ravissent et je me souviens du bonheur éprouvé lors de mes échanges avec ma grand-mère, des petits riens glissés en plus dans des enveloppes amoureusement refermées, bonheur que je retrouve par procuration lorsque je me plonge dans des ouvrages recueillant celles d’écrivains admirés. Et si « La Poste (…) décante l’illusion de nos opinions envoyées pour en faire des idées reçues »* alors je déclare sans rougir mon amour immodéré et décalé pour les idées reçues !

*Citation attribuée au philosophe fictif Jean-Baptiste Botul

 
4 Commentaires

Publié par le juin 13, 2012 dans littérature, triturage de cervelet

 

Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , ,