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Archives de Tag: écrire

Presque un doute

Spiral Suicide – Tala Madani

Presque, j’y suis presque.

Sais-tu comme le Presque est minuscule ? Sais-tu comme, aussi infime soit-il, il contient énormément et comme il peut paraître haut comme l’Everest ?

Presque est rarement seul, il s’accompagne de Doute.

Doute est rempli de fantômes, de remontées acides que l’on n’a pas su laisser là où elles devraient être : dans le passé.

À mesure que Presque rétrécit, Doute grossit, à croire qu’il s’en nourrit. Puis il appuie, déterminé, avec force, sur les tempes, pour se ménager une place confortable au milieu du crâne.

Doute est malin, il se sert de tout, y compris des petites réussites : « Mmh, tu as de bien beaux retours sur ton recueil de nouvelles… Ne crains-tu pas que, dans ce roman-là, tes lecteurs ne te retrouvent pas ? »

Doute est le Gargantua de la confiance en soi. Il te titille, te harcèle pour que tu le nourrisses avec presque tout ce qui passe à portée de pensée.

À la diète, Doute ! À jeun ! Un petit reset grâce au vide de ton assiette. Et demain, quand Presque se muera en Tout-à-fait, le garde-manger sera vide, à n’en pas douter.

 
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Publié par le juin 11, 2017 dans triturage de cervelet

 

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Des idées reçues

Les correspondances comme des cadeaux

Les correspondances me fascinent, qu’il s’agisse de correspondance amicale, amoureuse, spontanée ou organisée, je suis admirative de ces échanges épistolaires et de l’effort de régularité qu’ils requièrent. D’abord parce qu’elles sont en voie de disparition, à l’heure du tout-tout-de-suite offert par Internet mais surtout parce que l’écriture, l’amour des mots, le français au sens noble n’a plus l’importance qu’il revêtait et parce qu’être homme ou femme de lettres a perdu de sa noblesse.

Les correspondances me réjouissent par leur surprise. Quand avez-vous pour la dernière fois, trouvé dans votre boîte aux lettres autre chose qu’une facture ou une missive officielle ? Vous souvenez-vous de la joie que vous aviez, enfant, en attendant le facteur, la main sur le cœur, sondant mille fois le fond de la boîte en retenant de vos doigts le battant pour y jeter un œil perçant ? Votre regard, empli d’espoir, qui étudiait chaque enveloppe, et s’assombrissait de ne pas trouver la réponse cherchée ?

Les correspondances m’émeuvent car elles sont des cadeaux. Prendre le temps de choisir ses mots, s’appliquer à former les lettres, s’avancer d’un pas léger pour poster son courrier en s’inquiétant de quand et de comment il sera reçu. Le choix du papier, de l’enveloppe parfois joliment décorée… Ce sont autant d’attentions portées au destinataire, autant de petites marques de respect qu’il est impossible, à mon sens, d’avoir dans le flot d’une conversation orale. Tentez simplement de prendre ce temps en buvant un verre avec des amis et vous lirez rapidement sur leur visage les signes de leur profond ennui, si toutefois ils n’interrompent pas tout bonnement le flux de vos pensées pour reprendre une conversation plus enlevée.

Les correspondances me ravissent et je me souviens du bonheur éprouvé lors de mes échanges avec ma grand-mère, des petits riens glissés en plus dans des enveloppes amoureusement refermées, bonheur que je retrouve par procuration lorsque je me plonge dans des ouvrages recueillant celles d’écrivains admirés. Et si « La Poste (…) décante l’illusion de nos opinions envoyées pour en faire des idées reçues »* alors je déclare sans rougir mon amour immodéré et décalé pour les idées reçues !

*Citation attribuée au philosophe fictif Jean-Baptiste Botul

 
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Publié par le juin 13, 2012 dans littérature, triturage de cervelet

 

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