Un enfant pas comme les autres

Avec toutes les nouvelles technologies, la télévision, les jeux vidéo, on ne peut que constater avec quelque amertume que la lecture a perdu de sa superbe auprès des enfants. Lorsque je n’étais pas bien haute, bien que je sois toujours bien loin de toucher les étoiles du bout des ongles (et ce, même en les laissant pousser au plus long), les livres étaient déjà souvent associés à une étrange forme punitive, ou au mieux, à une drôle de corvée inventée par des professeurs quelque peu sadiques et fort éloignés des véritables appétits enfantins.

© La Vilaine - Infographie par La Vilaine

Mais, bien que nombre de mes petits camarades préféraient largement se vautrer dans le canapé, tartine de pâte à tartiner avalée goulûment devant la télévision plutôt que de se cloîtrer dans le calme de leur chambre avec un bon bouquin, les consoles vidéo mini ou maxi; les lecteurs de cassettes vidéo étaient encore une possession très marginale dans les demeures (heu… Que les plus jeunes d’entre mes lecteurs effacent immédiatement ce sourire incrédule de leur visage, non, les lecteurs DVD n’existaient pas du temps de Mamie Vilaine, ça va, hein !) et donc la lecture était tout de même encore relativement bien répandue.

Je me faisais cette réflexion quelque peu tristounette récemment, tentant de me consoler en pensant que BD et Mangas avaient toujours la part belle et que, même si l’on est loin de la littérature, c’est toujours mieux que des paires d’yeux collés sur des écrans lumineux, quand une conversation téléphonique me rapporta une réplique qui, de longues heures plus tard me laisse toujours aussi éberluée tant et si bien que je ne pouvais garder cette in-cro-ya-ble phrase égoïstement pour moi toute seule…

Il convient que je vous raconte en substance le contexte qui compte pour beaucoup dans ce conte réel de la vie moderne. Une maman inquiète téléphone (Ô joie de la téléphonie moderne) à la directrice de colonie de vacances car son enfant l’a appelée, fort angoissé, ne parvenant pas à s’adapter au groupe. La réponse, que dis-je, l’explication de ladite patronne de l’essaim de mouflets est un tel bijou saugrenu que je vous la livre telle quelle : « Mais vous comprenez, ce n’est pas un enfant comme les autres… Il LIT DES LIVRES ! »

Mon Dieu ! Mais appelez immédiatement Edwige Antier ! Prévenez sans plus tarder la DAASS ! La police ! Les pompiers ! Quelle horreur un enfant qui lit et si ça se trouve même jusque dans son lit !!! Une telle anormalité ne peut être laissée sans effet ! Condamnons les odieux parents responsables sans aucun doute de pareille perversité ! Si l’on ne fait rien qui sait où tout cela finira ! Si ça se trouve il va même se mettre à écrire un jour et là, je ne réponds plus de rien !

Alors même si c’est un cas isolé et qu’il conviendrait peut-être de « camisoler » cette drôle de tenancière de tente à chérubins, je ne peux m’empêcher de me dire que non seulement les enfants lisent de moins en moins mais qu’en plus lorsqu’ils le font, ils deviennent de drôles de bestioles rapidement catalogués asociaux et mon esprit de s’envoler dans deux directions (au bas mot !) l’une se souvenant du siècle dernier où la lecture était souvent considérée comme une perte de temps prise sur le travail, et l’autre loin, fort loin devant, dans un futur gris et noir où la littérature sera l’apanage de quelques fous, et où l’on emmènera consulter les mouflets qui ne joueront pas sur leur ordi-mimi !

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