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Archives de Tag: la vilaine

Livre sacré

Marquons

Elle est venue boire un café, discuter de mon intervention dans sa bibliothèque autour d’une boisson chaude et de chocolats…

Elle a foncé droit vers le meuble où était la correspondance de Camus et Casarès, dédaignant la tasse posée sur la table à manger. Elle m’a dit « Alors, c’est donc ça ? » et a entrepris de le feuilleter, lunettes sur le bout de son nez, l’air inspiré.

La seconde d’après, elle s’est tournée vers moi, livre (pavé) à la main et a plongé son regard dans le mien. Un regard mi-courroucé, mi-amusé. Elle a lâché le bouquin sur la table, juste à côté de sa tasse de café fumante, sans me lâcher de ses grands yeux bleu clair.

Elle a dit : « Tu cornes les pages ?! »…

J’ai souri.

« Oui, je corne les pages… »

Elle a tenté un sourcil froncé. J’ai interrompu la flexion et sa réflexion pour en ajouter : « Et tu as vu, j’annote… Je souligne, j’annote, je surligne, j’émarge et oui, je corne ».

Comme une institutrice qui cherche à sermonner gentiment sa jeune élève, elle s’est approchée de moi pour m’expliquer que non, décidément, on ne pouvait pas faire ça, qu’il fallait traiter les livres respectueusement.

Je lui ai répondu que j’aimais y replonger pour retrouver un passage, une phrase, un mot… Que parfois, que souvent, je m’en souvenais en substance mais qu’en les marquant directement dedans, je pouvais reprendre en un clin d’oeil une citation, un bouleversement dans lequel à nouveau m’envelopper pour un instant. Je lui ai raconté le plaisir de découvrir dans des livres ayant appartenus à ma grand-mère, ses annotations, de lire à travers les pages ce qui l’avait marquée et qu’elle avait, conséquemment, marqué directement dedans, combien on apprenait ainsi de bien jolies choses sur les gens.

Elle m’a dit qu’elle avait acheté un petit carnet pour épargner les pages des livres et recopier ce qui l’avait touchée dedans, elle m’a dit que je pourrais en faire autant.

Elle a bu son café et m’a à nouveau regardée en feuilletant le livre distraitement. Elle s’est arrêtée sur une page, sur mon passage. Elle a vu ce que j’avais vu, lu ce que j’avais aimé. Elle a eu un sourire d’une infinie douceur en le découvrant, en me découvrant…

Et puis elle baissé la tête et m’a avoué, à regrets, n’avoir finalement jamais pris le temps de noter quoi que ce soit dans son petit carnet prévu pour ça.

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Publié par le février 2, 2018 dans triturage de cervelet

 

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Personne ne marche sous la pluie

Plique-ploquons

C’est l’hiver, tu ne dors pas, tu ne dors plus.

Tu regardes ce temps maussade et passant, un temps à lire du Maupassant, justement. Tes pieds, tes jambes réclament de marcher mais le soleil est devenu flemmard, il se lève bien trop tard, tu peines un peu à te motiver.

Et puis tu réfléchis, au fond puisque tu es debout depuis des heures, plutôt que de tourner en rond autour de la table du salon, autant y aller, tu ne vas tout de même pas te laisser démotiver par trois gouttes de pluie et un peu de bise ?

Alors tu te couvres bien, tu mets des couches (de vêtements, précisons, c’est important) et tu passes la porte en espérant que le vent souffle du bon côté, qu’il te porte, qu’il te pousse. Les premiers pas sont un peu mous, tu n’es pas réveillée de partout et puis, imperceptiblement, tu prends de l’élan, la marche s’allège.

Tu fermes les yeux dans la montée comme si ne rien voir permettait de mieux avancer, et tu avances, en effet, concentrée sur ta respiration, tu tries ta nuit jonchées d’insomnies.

Tu t’étonnes d’avoir chaud, trop chaud et au moment précis où tu fais ce constat, la pluie redouble, le vent se renforce.

Tu découvres ta tête, tu défais tes cheveux, tu stoppes net au milieu du chemin boueux. Visage levé, tu écoutes la pluie plique-ploquer sur tes épaules imperméabilisées, tu sens les gouttes glisser sur tes joues, s’aventurer dans ta nuque et dans ton cou, les mèches autour de ta figure sont détrempées, là, une gouttelette à tes cils vient de s’accrocher, combien de temps va-t-elle s’y attarder ?

Ne bouge plus ! Vois, ressens, ressens comme à cet instant précis tu es vivante, consciente, présente, tout à fait (r)éveillée. Comme la pluie, le vent glacé, pour peu qu’on les laisse nous imprégner, il est possible de les aimer.

Tu reprends ta route, légère et détrempée. Les voitures te croisent en s’affolant des essuies-glace, les phares éberlués par ta mise, personne ne marche sous la pluie à part les folles au caddie, se disent les conducteurs à l’abri de leur pare-brise.

En rentrant, il ne faudra pas traîner, il faudra retirer rapidement les vêtements mouillés, veste, polaire, chaussettes, t-shirt… et foncer sous une douche brûlante pour éviter la fièvre.

Personne ne marche sous la pluie, sauf peut-être les folles au caddie…

 

 

 
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Publié par le février 1, 2018 dans triturage de cervelet

 

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Mon arbre, mon être

tout mon être

Elle m’a dit de choisir un arbre, elle m’a dit de ne plus chercher uniquement à marcher, défouler, compenser, vider mais de choisir un arbre et de m’y poser, de m’y reposer.

Elle m’a dit de m’enraciner contre lui, d’y lire ou d’y méditer mais de m’y coller… de m’y installer régulièrement et longtemps.

J’ai erré dans la forêt, j’ai regardé chacun d’eux.

À tous et à chacun d’eux, je leur ai trouvé quelque chose d’attirant, de doux, de respectueux, d’apaisant.

Et puis j’ai vu celui-ci, un hêtre pour un mieux-être. Il avait d’énormes racines, il avait de la mousse épaisse et douce, un tronc large, des branches hautes, tortueuses et nombreuses tendant loin vers le ciel, s’agrippant aux nuages comme un acrobate.

J’ai pensé : c’est lui (mais j’en doutais encore).

Alors je me suis approchée. Alors je l’ai touché. J’ai lentement fait le tour de ce tronc franc et solide mais lacéré de cicatrices, main ouverte contre l’écorce, paume réceptionnant qui sait quoi, qui sait pourquoi, qui sait comment.

J’ai senti des larmes glisser sur mes joues, rouler le long de mon cou.

J’ai enserré l’arbre trop large pour mes bras, j’ai posé ma joue sur sa mousse épaisse, j’ai respiré lentement, observé les mouvements de ma poitrine contre son flanc et j’ai senti des larmes glisser sur mes joues, rouler le long de mon cou.

Elle m’a dit de choisir un arbre… j’ai senti des larmes glisser sur mes joues, rouler le long de mon cou.

Et j’ai compris pourquoi… et j’ai senti des larmes glisser sur mes joues, rouler le long de mon cou.

Tout mon hêtre était là, dans cette forêt, dans ce bois.

 
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Publié par le janvier 29, 2018 dans triturage de cervelet

 

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300

Barre des 300

Un petit billet en forme de « Merci », lecteur soldat, lecteur qui se bat pour moi, lecteur inconnu, lecteur ami, lecteur instit’, lecteur bibliothécoeur, lecteur passionné et motivé.

On n’a pas doublé, on a triplé, on a passé la barre des trois cents exemplaires. Alors bien sûr, on n’a pas sauté comme ça en un seul élan, on n’a pas attaqué la barre en un seul bond (ma taille ne le permettait de toute façon pas et la grenouille n’est que dans mon estomac), on a pris notre temps toi et moi, on a accumulé les flocons en douceur et, si j’en crois tout ce que je sais de toi, on continue à les poser les uns contre les autres pour former une boule de neige bien ronde, bien compacte.

Je n’ai à te dire que des riens sur ce billet-ci, que des riens et des mercis, je vais donc faire court (ça nous changera) et te remercier pour tout le coeur que tu y mets, où que tu sois.

Où que tu sois, je te serre dans mes bras pour que tu sentes mon coeur qui bat un peu plus fort grâce à toi, pour que tu saches que chaque jour je pense à toi, à ce bout de moi cartonné calé sous ton oreiller, à tes yeux qui parcourent mes mots accumulés, mes paragraphes, mes pages, mes chapitres, mon roman, ce roman et cette toute petite Mildred que tu rends plus grands.

De mon coté, je te promets de mettre encore tout en oeuvre pour continuer à venir te rencontrer par ici ou par là.

 

 
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Publié par le janvier 22, 2018 dans littérature

 

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Nuit de la lecture 2018, j’en suis !

Traitement de choc

Voilà encore une bien jolie invitation, lecteur spectateur, une invitation à participer à la Nuit de la Lecture à la Médiathèque de Veigy. Alors, bien sûr, j’ai dit : « Oui » (tu vas voir, cette année encore sera une année du « Oui »‘, du « Non » aussi, maintenant que j’ai appris à le prononcer, mais du « Oui » pour des tas de projets).

Ça m’a un peu bouleversée du planning, ayant déjà pour cette soirée quelques obligations (voeux du Maire, présence requise quand on est Conseillère) mais je me suis dépatouillée pour tout mettre dans la même soirée, une apparition ici, un petit coup de main là et, telle la lune ce prochain 31 janvier ou telle Bonnie Tyler pour mes Juke Boxes Cérébraux lecteurs (je t’expliquerai, promis, c’est une sorte de petit défi entre amies), tout discrètement je m’éclipserai pour te retrouver, lecteur attentif, en prenant, certes, un peu en cours le déroulé de la soirée mais j’y serai.

Ça m’a aussi un peu chamboulée de la santé, étant fiévreuse et rejouant la Dame aux Camélias (ou interprétant le nénuphar de Chloé, Vian, si tu m’entends), tu n’as pas idée de tout ce que j’ai avalé, reniflé, respiré, ingurgité, appliqué, combien je me suis reposée, couchée, allongée, pour être certaine de ne pas te manquer.

Alors, voilà, je serai là ce soir à 21h précises.

Je serai là, mes petits livres sous le bras et je te lirai (j’espère sans tousser), quelque pages des « Fleurs roses du papier peint ». On discutera, on échangera, on rigolera (tu verras, si tu ne me connais pas, je garde rarement mon sérieux plus de dix minutes d’affilée, c’est comme ça, je ne peux pas m’en empêcher), on ne se bisera peut-être pas, rapport aux microbes et aux crobes entiers…

Tu pourras aussi, si tu le souhaites et que les quelques pages lues t’ont plu, repartir avec un exemplaire affublé d’une petite bafouille amicale.

Je me réjouis de te retrouver (même si tu es deux ou trois, hein, tout me va).

À ce soir !

 
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Publié par le janvier 20, 2018 dans littérature

 

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Chaleur

Chaleur

Brûlante, assaillie par la fièvre, je chauffe le lit…

J’étire mes jambes pour chercher un peu de fraîcheur, je repousse la couette, tout brûle, je pense : « Si je regarde assez attentivement, je devrais apercevoir de la vapeur s’échapper de mes bras ». Je suis un panneau irradiant, une bouillotte, un sauna aux yeux brillants.

Je repense à Joseph Incardona et à son « Chaleur », je me dis qu’il faut t’en parler, lecteur grippé, qu’il te faut découvrir (si ce n’est déjà fait), cet auteur à l’écriture incisive que je t’avais déjà conseillé ici.

Je repense à Niko, Igor et aux cabines chauffées à 110°C. Tout un roman sur un championnat du monde de sauna, mais ce pourrait être n’importe quoi, n’importe quel autre dépassement de soi et de son orgueil. Je me remémore la quatrième de couverture, son dernier paragraphe :

« Aussi dérisoire que soit l’enjeu, au-delà de toute raison, la rivalité peut parfois pousser l’homme à la grandeur. À la fois pathétiques et sublimes, Niko et Igor illustrent avec éclat le désir d’absolu de la nature humaine »

Je me fais un grog, fort, bouillant, je l’avale en grimaçant, je suis mentalement son trajet cuisant le long de mon oesophage.

J’évoque à part moi quatre passages de ce livre qui m’ont marquée aussi sûrement que ce coup de froid marque mon visage de cernes noires :

« À force de règlement, ils mourront en bonne santé. Y aura finalement tellement d’organes à disposition qu’ils les gaspilleront en les donnant à des alcooliques et des psychopathes »

« Alexandra recule. Comme avec toute chose qui fait mal, mais qui vise juste. Elle recule »

« Alexandra acquiesce, elle aussi pourrait mourir ce soir, rien à foutre, mais elle ne le sait pas. Les extrêmes sont si proches qu’ils vont bientôt se toucher »

« Il faut avoir essoré l’âme : levier magique au bout duquel brille le diamant de la bravoure »

Je cale un oreiller contre mon ventre, passe ma cuisse par-dessus l’amas duveteux, pose mon pied contre celui de fer froid du lit, je m’abandonne à la chaleur, je laisse la fièvre faire son oeuvre : nettoyer, essorer…

 
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Publié par le janvier 18, 2018 dans littérature, triturage de cervelet

 

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C’est le printemps !

on s’étire, on se réveille !

On a beau répéter que la nature est bien faite, quand je regarde mes poules qui se déplument en plein hiver, j’estime avoir le droit légitime d’en douter… L’instant d’après je pense que, comme moi, elles attendent le printemps en caquetant d’impatience (je t’épargne bon nombre d’autres réflexions qui parviennent toujours à se glisser entre le moment sus-évoqué et l’instant d’après, comme ma sincère interrogation sur la raison de leurs cris d’orfraie quand elles pondent : la surprise peut-être ?).

Alors ce matin, en leur donnant du grain et quelques restes (sans quoi elles me picorent le chignon en signe de protestation et j’aimerais éviter un soulèvement voire une révolution), je leur ai annoncé la bonne nouvelle : accrochez-vous aux trois, quatre plumes qu’il vous reste, c’est le printemps !

Oui, je sais, je te vois lecteur sondeur, en lisant le titre et les premières lignes de cet article tu te dis quelque chose de l’ordre du « ça y est, elle a (re) pété un plomb, elle relit du Vian, c’est pas possible autrement » (le tout ponctué de « hein », « nan » et autres petits bruissements pour appuyer ton jugement de Pyrrhonien et pour t’attirer l’approbation d’un ou deux copains), ton côté plus indulgent y voit seulement l’expression de mon empressement à revoir le soleil, le climat tempéré, la fin du brouillard, l’abandon de la bouillotte, la remise au placard des collants qui font débat et des bas qui sont collants…

Je te concède au moins le second point, le printemps, je l’attends de mon pied le plus ferme, j’ai commencé à l’attendre à la seconde même où l’automne a disparu, lui et son lot d’encore-un-peu-de-douceur, d’encore-un-peu-de-lumière, d’encore-un-peu-de-couleurs. Mais tu te fourvoies le doigt dans l’oeil pour le premier point, je suis encore tout à fait saine d’esprit et oui, c’est bien le printemps, pas ici, pas chez nous, pas sur notre calendrier des saisons à nous mais en médecine chinoise, n’en déplaise à la neige que ma grenouille stomacale annonce depuis ce matin avec un air tout à fait certain (je t’en parlerai plus tard de ce batracien) et cette affirmation est parfaitement argumentée : les jours rallongent, le cycle redémarre donc, c’est le printemps. Raisonnement implacable, convenons-en.

(Si tu es dépressif saisonnier, c’est à ce moment précis que tu me remercies pour cette bonne nouvelle et où tu te mets à adorer la médecine chinoise, si toutefois ce n’était pas encore fait).

Et il n’y a pas que les jours qui rallongent, mon énergie aussi. Ça bouillonne à nouveau depuis mes pieds jusqu’à mon cerveau, ça danse dès potron-minet, ça salue le soleil même pas levé, ça démarre mille projets, mille envies, des notes posées partout et tout le temps, des titres, des intrigues, de l’aménagement sans ménagement, de la joie de vivre et un début de roman, le tout sans question, sans doute et sans oh-bordel-trier-tout-ça-va-prendre-un-de-ces-temps et sans ménage de printemps.

Alors, oui, j’écris vite et beaucoup et notamment ici, mais si soudain je disparais à nouveau de tes écrans de surveillance, lecteur ultra-connecté et réseau-socialisé, ne te bile pas, c’est que j’écris ailleurs et c’est aussi pour toi…

 

 

 

 
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Publié par le janvier 15, 2018 dans triturage de cervelet

 

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