De la nécessaire joie de vivre

Résiste…

Ça devient difficile de rester dans sa joie, reconnais-le.

Tu as beau avoir les plus merveilleux projets pour cette année qui vient, ça devient compliqué quand tu vois tout ce qui se profile de pas gai.

Alors tu te répètes que tu es chanceux, que tu as un toit sur la tête, à manger dans ton assiette, de l’amour comme jamais, là, tout autour, mais ça devient compliqué d’y rester dans cette belle joie, de ne pas plier, de ne pas se laisser aller à la morosité, au défaitisme, à la fatalité.

Pourtant, tu sais que ça n’aidera pas de s’inquiéter, ça n’aidera pas de pencher vers la neurasthénie, l’obscurité, tu sais que ça ajoutera encore au fardeau de cette humanité qui va à vau-l’eau. Ça ne changera rien et, pire encore, ça n’aidera pas…

Tu sais que c’est même une nécessité de rester dans ta joie, comme un acte de résistance, parce que, oui, au milieu de tout ce merdier, tu as plus que la majorité et que, de ce fait, tu as tout intérêt à en profiter, à célébrer, à transmettre et partager toute cette lumière qui t’anime, à remercier, à garder le cap contre vents et marées.

Oui, ta joie, ta foi en la vie, ta gratitude, chacun de tes rires et de tes sourires, chaque baiser, chaque moment câlin, serein, ce sont des actes de résistance, des offenses à ce qui semble vouloir se dessiner, parce que c’est la vie dans son sens le plus pur et le plus sacré, parce que la joie, c’est contagieux et qu’il est urgent de contaminer.

Ce n’est pas le plus facile, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer. Ça demande une force phénoménale de regarder du bon côté, de rire et de danser sur les brasiers…

Mais tu l’as, cette force, en toi.

Alors résiste, donne, souris et profite, aide à ce que tu peux, comme tu le peux mais en attendant vis, joyeux, heureux, autant que tu peux, parce que c’est précieux.

« Je t’en supplie : sois gaie, la tristesse me tue » Casanova

 

La leçon

2020

Voilà, nous arrivons en fin d’année, il paraît qu’il convient de faire un bilan, juste avant le nouvel an.

Alors, même si ce n’est pas encore tout à fait terminé (paraît que les astres m’annoncent le meilleur pour la fin, z’ont intérêt à tenir promesse, je suis une enfant à l’ineffable crédulité), je peux déjà énoncer ce que cette année écoulée m’a apporté.

J’ai appris.

J’ai appris à lâcher prise, j’ai appris à faire confiance et, plus que tout, j’ai appris à avoir confiance, à ME faire confiance.

J’ai appris.

J’ai appris que tout est juste, même le plus injuste, j’ai appris que mes faiblesses sont ma plus grande force, j’ai appris combien j’avais de force.

J’ai appris.

J’ai appris que l’on pouvait tout, pour peu qu’on le veuille et que l’on reste droite dans ses bottes 35 fillette, tout, même quand ça a l’air furieusement mal barré.

J’ai appris.

J’ai appris qu’il y avait de la douceur quand on ouvrait son coeur, de l’inconfort mais tant de douceur derrière, j’ai appris à tomber les barrières.

J’ai appris.

J’ai appris la nudité du coeur, j’ai appris à accepter, accueillir et aimer mes peines et mes peurs, à leur laisser la place nécessaire pour les comprendre et les apprivoiser.

Et je le dois à tant, je le dois à ceux qui m’ont aimée comme à ceux qui m’ont détestée, je le dois à toi et tes yeux de chat qui ont forcé ma voix, je le dois à celles et ceux qui ont fait vibrer mon aura.

J’ignore ce que me réserve 2020, une année qui sonne bien, une année à la douce sonorité, à l’instant précis où je t’écris, lecteur-aux-bonnes-résolutions, je n’ai jamais tant ignoré quel en sera le chemin, si la belle envolée continuera sa destinée ou s’il faudra à nouveau me relever mais je sais que je suis prête à la vivre avec toute la confiance et la liesse des apprentissages de cette année.

Le juste milieu

De loin

Tu vois, je suis née là.

Au milieu de ce pont, entre deux zones, entre mille mondes, entre mille vies, entre des décennies de pleines lunes et de levers de soleil.

Selon que tu choisiras de regarder mon histoire depuis l’un ou l’autre des deux côtés, elle te semblera simple ou compliquée, triste ou drôle, banale ou originale.

Tu me jugeras victime ou bourreau, lâche ou pleine de courage, selon l’endroit depuis lequel tu me regarderas.

L’important étant de te souvenir que, de chaque côté du pont, tu seras toujours bien trop loin de son milieu, bien trop loin d’où je suis née pour saisir tous les détails, pour comprendre toutes les infinies ramifications qui me font.

Oui, tu vois, je suis née là, j’ai grandi là, en plein milieu, juste entre deux.

Et comme toute chose qui t’entoure, comme pour mille autres vies, comme pour mille mondes, tu ne peux me voir que depuis un côté à la fois, tu peux plisser les yeux autant que tu veux, tu peux t’armer de jumelles, rien n’y fera, tu ne pourras jamais voir ce que je vois depuis là. Depuis l’entre deux, depuis l’exact milieu du pont.

 

Et se laisser dormir

J’ai décidé de dormir, malgré le soleil, malgré les heures qui raccourcissent, j’ai décidé de dormir.

J’ai choisi de déposer mon corps dans le canapé, de le laisser s’enfoncer et de n’en sortir qu’une fois qu’il serait reposé, les pensées triées, le cerveau rangé-nettoyé, le chemin décidé pour ne plus avoir à y revenir.

J’ai décidé de dormir puis, d’ouvrir les yeux et de regarder le soleil parcourir, heure après heure, les murs blancs de mon appartement avec cette lumière particulière aux débuts d’hiver, illuminant tantôt la bibliothèque réconfortante, tantôt le fauteuil élimé, tantôt mes idées et mes idéaux, jusqu’à ce que ce soit les phares des voitures qui dansent sur mes murs.

J’ai décidé de ne rien faire, j’ai laissé la sculpture que je voulais finir, laissé l’évier se remplir et j’ai observé le chat se toiletter, le chien se pelotonner, mes pieds s’abandonner à la moelleuse pesanteur de la langueur.

J’ai préféré dormir à marcher-courir, des heures à rien qui, lentement et doucereusement, sont devenues des heures à plein, sorte de reset nécessaire, de nettoyage des fichiers inutilisés, des programmes infectés, pour mieux redémarrer.

Et je me suis relevée, lumière entre les mains, plus prête que jamais à la laisser me guider et à la partager.

Mouchez-vous

Mouchez-vous

Soyez une mouche…

C’est merveilleux une mouche.

La mouche se fait écraser par une paume de main, une tapette, un torchon, un dossier, elle chute au sol dans un froufrou désespéré, échoue, plate et anéantie, sur le lino mal fini.

Et par une ressource mystérieuse que l’on pourrait presque oser appeler « résilience » pour satisfaire à la mode du vocabulaire à tout dire et à tout faire ou pour faire plaisir à Cyrulnik, par on ne sait quelle capacité de Phoenix brachycère, elle se regonfle, littéralement, elle se regonfle, lisse brièvement ses ailes froissées-écrasées-pliées, secoue ses balanciers et repart vrombir de plus belle pour dévorer le monde et la merde dont elle le débarrasse.

C’est merveilleux une mouche… C’est finalement très inspirant…

Soyez une mouche.

Nuit de l’écriture érotique

Une folie, un défi

C’était une nuit longue, étrange, que celle de samedi à dimanche.

C’était une nuit belle et invisible, marquante et qui me paraît aujourd’hui n’avoir existé qu’au secret de mon imagination.

J’ai participé à la nuit de l’écriture, dans le cadre du Prix de la Nouvelle Érotique organisé par les Avocats du Diable.

Un défi, une folie, où l’on demande aux participants, en une nuit, d’écrire une nouvelle sous double contrainte (contexte et mot final), la double contrainte étant envoyée à 23H59 et la nouvelle ainsi rédigée devant leur parvenir avant 07H00 le lendemain matin.

Un défi, une folie à laquelle je tenais à me joindre pour sortir de ma zone de confort, pour me dépasser, me faire mal aussi peut-être un peu, un mal qui fait forcément du bien puisqu’il permet d’aller plus loin.

Je ne me fais que peu d’illusions sur ma possible sélection parmi les 50 premiers, en février, encore moins sur celle des 20 du mois de mars, quant au lauréat, n’en parlons pas, vu l’état que l’on pourrait d’un doux euphémisme qualifier de « second » dans lequel je me trouvais au moment des faits. La grippe ayant, en effet, choisi ce jour particulièrement J pour me plaquer au sol, m’enfiévrer, m’assaillir de tremblements et céphalées, j’ai failli renoncer.

Mais…

Mais il y avait les yeux de chat qui viellaient sur moi, cherchant sa place pour me soutenir sans m’alourdir, pour m’aider sans m’encombrer et que je ne remercierai jamais assez d’être qui il est.

Il y avait les organisateurs, les 299 autres auteurs qui, grâce à une page Fb toute dédiée, se soutenaient, s’encourageaient effaçant d’un sourire ou d’un rire les doutes, les déroutes et tout ce que je redoute dans les concours (voir ici).

Il y avait les messages de soutien des amis qui tombaient sur mon téléphone et ponctuaient ma nuit (merci).

Il y avait cette pensée qui jamais ne me quittait : « rien à perdre, tout à gagner » et j’ai mille fois gagné dès les premières heures en découvrant toute la douceur des autres auteurs.

Il y avait l’objectif premier, déjà relevé : pouvoir participer à ce défi, à cette folie (c’était sur dossier).

J’ai renvoyé ma nouvelle à 06h37… Je n’ai pas renoncé et j’en tire une certaine fierté. Je suis restée en ligne avec ceux qui n’avaient pas terminé jusqu’à 07H00 du matin, je n’avais pas envie de les abandonner. Je n’ai pas réussi à trouver le sommeil après cette aventure, j’ai profité du lever de soleil puis d’une journée dans le brouillard.

Je n’ai que peu de souvenirs de ce que j’ai écrit, dans cet étrange délire que provoquent les fortes fièvres, dans cette étrange absence liée au manque de sommeil, j’ai « oublié » et ne veux pas y revenir pour le moment. Je ne me suis pas relue a posteriori, j’ignore si je le ferais.

En revanche, je n’oublierai pas cette une nuit longue, étrange, que fut celle de samedi à dimanche.

 

 

 

Je calme mon coeur aux battements de la sève

la sève

C’est toujours au même endroit.

Qu’il s’agisse d’une joie immense, d’une peine violente, de questionnements intenses, je dépose mes émotions trop grandes toujours au même endroit.

C’est toujours au même rythme de pas.

Rageur ou sautillant, dansant même parfois, le mouvement change mais pas le rythme de mes pas. J’enfonce ou j’effleure la terre toujours aussi rapidement pour rejoindre le refuge de ces bras au même rythme de pas.

C’est toujours le même rituel.

J’inspire dès l’orée comme si le souffle m’avait jusqu’alors manqué, j’écoute chaque bruissement infime comme si mes oreilles n’avaient jamais encore écouté, je laisse les rayons du soleil me chauffer comme si j’en avais été privée durant des années, je sens mes muscles me tirailler comme s’ils n’avaient jamais travaillé et je ne ralentis pas.

Et je ne ralentis pas.

Je ne ralentis pas dans les montées, je laisse mes pieds glisser dans les pentes, je pourrais me laisser rouler jusqu’en bas, je poursuis ma course folle, non, je ne ralentis pas, jusqu’à…

Jusqu’à cet arbre-là.

Et même là : je m’y précipite comme un enfant à qui l’on a manqué avant de stopper net ma course effrénée pour m’y coller, l’enlacer, le respirer, m’y fondre, tel un passe-muraille, un passe-écorce, je fonds contre le tronc, j’applique chaque centimètre de mon corps sur tout son long , visage contre bois, sang contre sève.

Je calme mon coeur aux battements de la sève.

Je calme mon coeur aux battements de la sève et je dépose sur cette écorce faite de douceur et de rugosité, mes joies immenses, mes peines violentes, mes questionnements intenses.