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Archives de Tag: les fleurs roses du papier peint

La commode

Transformation inconnue

Il faut accepter d’aller voir au fond, tout au fond.

Il faut aller voir dans la commode, vider tous les tiroirs au sol et fouiller dans le bordel accumulé depuis des décennies.

Il faut le regarder bien en face, ce bordel, déplier ce que l’on a jeté en boule, bien caché-planqué, au fond, tout au fond.

Il faut y plonger la tête la première sans avoir peur de s’y noyer.

« Ne sais-tu donc pas nager ? »

Parce qu’il faut nager, au fond, tout au fond, histoire de remonter.

Il faut aller voir dans la commode tout ce que l’on a rangé-oublié dans les tiroirs durant des années.

Il faut comptabiliser les chaussettes esseulées, abandonnées, contempler les tissus troués-déchirés et jamais raccommodés.

Il faut se souvenir de pourquoi, de comment, quel geste, quel accro, ce qui les a défoncés-malmenés-abimés.

Parce qu’une commode est commode pour empiler, une commode, c’est commode pour oublier ce qui est glissé, là, sous la pile des jolies robes colorées et bien pliées.

Il faut s’y confronter à cet amas de merdier, il faut le trier, faire place, faire de la place, le transformer.

Et surtout, oui, surtout, ne pas avoir peur de le transformer, le découper, le jeter, s’armer d’une paire de ciseaux et d’une paire de…c…

…courage et s’interroger : « Est-ce que la chenille a parfois peur de l’inconnu avant d’entrer dans sa chrysalide ? »

 

 

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Publié par le juin 26, 2019 dans triturage de cervelet

 

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La mécanique des billets

Toute ton attention

Je vais t’expliquer, lecteur, comment j’écris mes billets d’humeur (et ce faisant, je vais peut-être perdre quelques lecteurs-voyeurs parmi les scrutateurs).

Je vais te l’expliquer car je reçois parfois des messages inquiets. Tu me lis avec toute ton attention (et j’en suis ravie) et parfois tu scrutes, tu cherches à savoir ce qu’il se passe dans ma vie, tu t’inquiètes ou te réjouis.

Sache que tout ceci part d’un rien, d’une phrase, d’un mot, d’une musique ou d’une chanson, ou encore d’une bribe de conversation volée à la terrasse d’un café.

Tout ne me concerne pas, tout n’est pas en corrélation avec moi. D’ailleurs, regarde, quand je te parle de moi, je te tutoie et c’est le « je » que j’emploie. Et puis, il y a tout ce que je ne te dis pas, tout ce qui est « rien qu’à moi ».

Bien sûr, ce n’est pas si éloigné de moi, puisque c’est moi qui écris ça. C’est mon cerveau qui forme les mots, mes mains qui s’agitent sur le clavier, mes doigts qui frappent les touches. Mais ce n’est pas le reflet de mon état. Je peux écrire la tristesse quand je suis en liesse, je peux écrire la joie avec les yeux embués.

Bien sûr que cela a à voir avec moi, car d’un rien, d’une phrase, d’un mot, d’une musique ou d’une chanson, ou encore d’une bribe de conversation, viennent mes propres sensations, mes propres impressions, découle mon imagination. D’une histoire murmurée à mon oreille, d’un souvenir ramené à la vie, dérive mon inspiration.

Il y a de moi dans chaque lettre que composent mes doigts, il y a de moi dans chaque personnage de mes livres, mais il n’y a pas que ça.

Il y a des gens qui passent, il y a des riens, des mots, des musiques, des chansons et des bribes de conversation.

 

 
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Publié par le juin 17, 2019 dans triturage de cervelet

 

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En l’air

En l’air

Ne faites pas de promesses en l’air, ne me dites pas que vous serez là, que l’on fera ceci ou cela…

Je suis comme une enfant, je vous crois, je vous espère.

Ne promettez rien dont vous ne soyez certain. Je fais des plans, pas sur la comète, seulement dans ma tête…

Ne me donnez pas d’espoirs si c’est pour les décevoir.

Ne dites rien dont vous ne soyez certain. Je préfère vous voir vous taire que de me sentir à terre.

Pesez vos mots, n’en prononcez pas un de trop.

Ne proposez rien dont vous ne soyez certain. Je préfère décliner de peur d’être blessée.

Ne me soufflez pas que cela vient de moi, je ne changerai pas.

Je continuerai de croire avec cette naïveté qui permet d’aimer.

 

 
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Publié par le juin 16, 2019 dans triturage de cervelet

 

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Le poing sur le i

Poing d’exploitation

Maintes et maintes fois je les ai contemplées.

Les mains m’émeuvent lorsqu’elles se meuvent avec la grâce de la minutie, quoiqu’elles manient.

Les mains caressent, les mains enserrent, les mains donnent ou bien reprennent.

Les mains attachent, les mains empoignent, les mains gardent le précieux en leur creux.

Les mains fabriquent, les mains détruisent, les mains effleurent et brutalisent.

Les mains soignent, les mains se joignent.

Les mains parcourent des kilomètres, sur des corps, sur des claviers, et sur la peau font frissonner.

Les mains parlent et soulignent, elles sont les poings d’exclamation, la ponctuation offerte au son.

Les mains effleurent, les mains virevoltent, les mains dansent des balais hypnotiques.

Les mains se tendent, les mains soutiennent, les mains apprennent.

Les mains s’abiment, les mains travaillent, elles sont un poing d’exploitation.

Les mains réchauffent, les mains recueillent, les mains devinent.

Les mains tremblent, les mains trempent, les mains trahissent.

Les mains disent ce que l’on est, les mains racontent ce que l’on fait.

Les mains font, les mains défont, les mains touchent…

Les mains ME touchent.

 
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Publié par le juin 13, 2019 dans triturage de cervelet

 

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Tout l’Univers

Tout ce que je te dois

Il y a ces mots trop petits pour contenir tout ce que l’on veut dire, ces mots pourtant jolis, inventés tout exprès mais qui ne sauraient englober toute l’étendue de nos pensées.

Il y a ces gestes minuscules qui contiennent des univers entiers. Il y a l’eau froide versée dans le café.

Il y a cet arbre vers lequel on retourne se poser, il y a la mousse et l’ail des ours.

Il y a les mots que l’on n’a plus besoin de dire, les phrases que l’on n’a plus à finir.

Il y a la musique du matin au soir, il y a les n’importe quoi dans lesquels on s’élance avec joie.

Il y a le matelas au milieu du salon, il y a les volets clos pour de bon.

Il y a les mots, il y en a tout un flot.

Il y a les danses, il y a les bols, il y a leur son.

Il y a a les goûters de minuit, il y a les rires au milieu de la nuit.

Il y a ce besoin de rituels, de pleine lune et de nouvelle.

Il y a tout ce qui n’existait pas.

Il y a tout ce que je suis multiplié par lui.

Il y a tout ce que je dois à l’Univers et moi.

 
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Publié par le juin 9, 2019 dans triturage de cervelet

 

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Bouge !

Bouge

C’est un frisson qui part du creux des reins, un chuintement léger…

Bouge…

C’est un chuchotement qui remonte par la moelle et la fait vriller…

Bouge…

C’est un mot qui circule dans des veines gelées…

Bouge.

C’est bientôt un cri qui électrise les pieds…

Bouge !

Ce sont des vêtements changés à la va-vite, des baskets tout juste enfilées.

Bouge !

C’est une tension pesante qui claque la porte sans se retourner.

Bouge !

C’est un pas rapide, une course irraisonnée.

Bouge !

C’est suivre ses pieds sans savoir où aller.

Bouge !!

C’est un besoin de corps, une envie de suer.

Bouge !!!

C’est un coeur qui palpite, une poitrine essoufflée.

Bouge !!!!

C’est une douleur aux jambes que l’on a invitée.

Bouge !!!!!

C’est rentrer le souffle court et la peau trempée.

Bouge.

C’est s’allonger au sol et respirer.

Bouge…

C’est une voix qui se tait parce que tu l’as écoutée.

 

 
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Publié par le juin 5, 2019 dans triturage de cervelet

 

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Lettre et le néant

Mets ton empreinte

« Quand on envoie des lettres, c’est pour annoncer des mauvaises nouvelles »

Elle a dit ça comme ça, attendant sûrement que la buraliste qui lui vendait 5 timbres questionne, interroge, renchérisse… Elle était juste devant moi, je ne voyais que son dos, ses cheveux mi-longs, frisottés, ses épaules basses un peu penchées vers l’avant. Elle a payé, relevé la tête et a marqué un temps. Elle attendait toujours, sûrement… Mais la buraliste n’a pas cillé, pas répliqué, elle a juste encaissé et levé son regard sur le client suivant, la cliente suivante, moi.

La dame a pris ses timbres, les a fourrés dans son portefeuille et marqué un nouveau temps. Elle attendait toujours, sûrement…

Moi, j’ai attendu qu’elle se retourne pour sortir de la queue, j’avais envie de voir ses yeux, de lire son visage, croiser son expression.

Moi, j’attendais une ouverture, une occasion…

J’avais envie de lui dire que cette phrase « quand on envoie des lettres, c’est pour des mauvaises nouvelles » était la phrase la plus triste que j’aie entendue ces jours.

J’avais envie de lui parler de lettres d’amour, de correspondances enflammées… j’avais envie de lui parler de Camus et Casares ; de Mitterand et Pingeot ; de Jonathan Swift et le scriblerus club ; j’avais envie de lui opposer la beauté des lettres écrites avec le coeur, le tracé soigné pour épargner au destinataire de s’égratigner les yeux à déchiffrer, j’avais envie de lui dire comme l’écriture manuscrite est unique à chacun, comme une empreinte digitale, une signature, lui dire qu’aucune phrase, absolument aucune phrase n’est aussi percutante et émouvante que lorsqu’elle est tracée sur le papier.

Elle est passée vite, sans me regarder, sans rien regarder d’autre que ses pieds qui tapotaient le carrelage pour retrouver la sortie, pour retrouver la pluie de ce samedi de mai.

Alors je n’ai rien dit. J’ai tourné sa phrase  « quand on envoie des lettres, c’est pour des mauvaises nouvelles »  cent fois dans ma tête tandis que je remontais à travers les champs (je ne fais pas de course à pied, mais je fais mes courses à pied), j’ai pensé à cette autre phrase dont je n’ai pas retrouvé la citation exacte mais qui, en substance, disait « Écrivez vos lettres d’amour sur papier, retrouver vos mails dans une vieille malle au grenier sera bien plus compliqué ».

Et puis je me suis interrogée : « À quel moment a-t-on cessé d’envoyer des lettres juste pour le plaisir, juste pour faire plaisir, pour qu’elles explosent la monotonie en se glissant entre les piles de factures et publicités ? », j’ai évoqué le souvenir de ma grand-mère, avec laquelle nous échangions des missives attendues avec tant de bonheur, juste pour le plaisir de correspondre.

Alors, lecteur ultra-connecté, envoie des lettres, glisse ton empreinte dans tes mots, choisis ton papier avec soin et enveloppe le tout d’un peu de ton coeur pour qu’envoyer/recevoir des lettres soit un peu recevoir de l’être et non pas du néant.

 
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Publié par le mai 4, 2019 dans triturage de cervelet

 

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