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Archives de Tag: livre

La mécanique des billets

Toute ton attention

Je vais t’expliquer, lecteur, comment j’écris mes billets d’humeur (et ce faisant, je vais peut-être perdre quelques lecteurs-voyeurs parmi les scrutateurs).

Je vais te l’expliquer car je reçois parfois des messages inquiets. Tu me lis avec toute ton attention (et j’en suis ravie) et parfois tu scrutes, tu cherches à savoir ce qu’il se passe dans ma vie, tu t’inquiètes ou te réjouis.

Sache que tout ceci part d’un rien, d’une phrase, d’un mot, d’une musique ou d’une chanson, ou encore d’une bribe de conversation volée à la terrasse d’un café.

Tout ne me concerne pas, tout n’est pas en corrélation avec moi. D’ailleurs, regarde, quand je te parle de moi, je te tutoie et c’est le « je » que j’emploie. Et puis, il y a tout ce que je ne te dis pas, tout ce qui est « rien qu’à moi ».

Bien sûr, ce n’est pas si éloigné de moi, puisque c’est moi qui écris ça. C’est mon cerveau qui forme les mots, mes mains qui s’agitent sur le clavier, mes doigts qui frappent les touches. Mais ce n’est pas le reflet de mon état. Je peux écrire la tristesse quand je suis en liesse, je peux écrire la joie avec les yeux embués.

Bien sûr que cela a à voir avec moi, car d’un rien, d’une phrase, d’un mot, d’une musique ou d’une chanson, ou encore d’une bribe de conversation, viennent mes propres sensations, mes propres impressions, découle mon imagination. D’une histoire murmurée à mon oreille, d’un souvenir ramené à la vie, dérive mon inspiration.

Il y a de moi dans chaque lettre que composent mes doigts, il y a de moi dans chaque personnage de mes livres, mais il n’y a pas que ça.

Il y a des gens qui passent, il y a des riens, des mots, des musiques, des chansons et des bribes de conversation.

 

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Publié par le juin 17, 2019 dans triturage de cervelet

 

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En l’air

En l’air

Ne faites pas de promesses en l’air, ne me dites pas que vous serez là, que l’on fera ceci ou cela…

Je suis comme une enfant, je vous crois, je vous espère.

Ne promettez rien dont vous ne soyez certain. Je fais des plans, pas sur la comète, seulement dans ma tête…

Ne me donnez pas d’espoirs si c’est pour les décevoir.

Ne dites rien dont vous ne soyez certain. Je préfère vous voir vous taire que de me sentir à terre.

Pesez vos mots, n’en prononcez pas un de trop.

Ne proposez rien dont vous ne soyez certain. Je préfère décliner de peur d’être blessée.

Ne me soufflez pas que cela vient de moi, je ne changerai pas.

Je continuerai de croire avec cette naïveté qui permet d’aimer.

 

 
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Publié par le juin 16, 2019 dans triturage de cervelet

 

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Le poing sur le i

Poing d’exploitation

Maintes et maintes fois je les ai contemplées.

Les mains m’émeuvent lorsqu’elles se meuvent avec la grâce de la minutie, quoiqu’elles manient.

Les mains caressent, les mains enserrent, les mains donnent ou bien reprennent.

Les mains attachent, les mains empoignent, les mains gardent le précieux en leur creux.

Les mains fabriquent, les mains détruisent, les mains effleurent et brutalisent.

Les mains soignent, les mains se joignent.

Les mains parcourent des kilomètres, sur des corps, sur des claviers, et sur la peau font frissonner.

Les mains parlent et soulignent, elles sont les poings d’exclamation, la ponctuation offerte au son.

Les mains effleurent, les mains virevoltent, les mains dansent des balais hypnotiques.

Les mains se tendent, les mains soutiennent, les mains apprennent.

Les mains s’abiment, les mains travaillent, elles sont un poing d’exploitation.

Les mains réchauffent, les mains recueillent, les mains devinent.

Les mains tremblent, les mains trempent, les mains trahissent.

Les mains disent ce que l’on est, les mains racontent ce que l’on fait.

Les mains font, les mains défont, les mains touchent…

Les mains ME touchent.

 
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Publié par le juin 13, 2019 dans triturage de cervelet

 

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Lettre et le néant

Mets ton empreinte

« Quand on envoie des lettres, c’est pour annoncer des mauvaises nouvelles »

Elle a dit ça comme ça, attendant sûrement que la buraliste qui lui vendait 5 timbres questionne, interroge, renchérisse… Elle était juste devant moi, je ne voyais que son dos, ses cheveux mi-longs, frisottés, ses épaules basses un peu penchées vers l’avant. Elle a payé, relevé la tête et a marqué un temps. Elle attendait toujours, sûrement… Mais la buraliste n’a pas cillé, pas répliqué, elle a juste encaissé et levé son regard sur le client suivant, la cliente suivante, moi.

La dame a pris ses timbres, les a fourrés dans son portefeuille et marqué un nouveau temps. Elle attendait toujours, sûrement…

Moi, j’ai attendu qu’elle se retourne pour sortir de la queue, j’avais envie de voir ses yeux, de lire son visage, croiser son expression.

Moi, j’attendais une ouverture, une occasion…

J’avais envie de lui dire que cette phrase « quand on envoie des lettres, c’est pour des mauvaises nouvelles » était la phrase la plus triste que j’aie entendue ces jours.

J’avais envie de lui parler de lettres d’amour, de correspondances enflammées… j’avais envie de lui parler de Camus et Casares ; de Mitterand et Pingeot ; de Jonathan Swift et le scriblerus club ; j’avais envie de lui opposer la beauté des lettres écrites avec le coeur, le tracé soigné pour épargner au destinataire de s’égratigner les yeux à déchiffrer, j’avais envie de lui dire comme l’écriture manuscrite est unique à chacun, comme une empreinte digitale, une signature, lui dire qu’aucune phrase, absolument aucune phrase n’est aussi percutante et émouvante que lorsqu’elle est tracée sur le papier.

Elle est passée vite, sans me regarder, sans rien regarder d’autre que ses pieds qui tapotaient le carrelage pour retrouver la sortie, pour retrouver la pluie de ce samedi de mai.

Alors je n’ai rien dit. J’ai tourné sa phrase  « quand on envoie des lettres, c’est pour des mauvaises nouvelles »  cent fois dans ma tête tandis que je remontais à travers les champs (je ne fais pas de course à pied, mais je fais mes courses à pied), j’ai pensé à cette autre phrase dont je n’ai pas retrouvé la citation exacte mais qui, en substance, disait « Écrivez vos lettres d’amour sur papier, retrouver vos mails dans une vieille malle au grenier sera bien plus compliqué ».

Et puis je me suis interrogée : « À quel moment a-t-on cessé d’envoyer des lettres juste pour le plaisir, juste pour faire plaisir, pour qu’elles explosent la monotonie en se glissant entre les piles de factures et publicités ? », j’ai évoqué le souvenir de ma grand-mère, avec laquelle nous échangions des missives attendues avec tant de bonheur, juste pour le plaisir de correspondre.

Alors, lecteur ultra-connecté, envoie des lettres, glisse ton empreinte dans tes mots, choisis ton papier avec soin et enveloppe le tout d’un peu de ton coeur pour qu’envoyer/recevoir des lettres soit un peu recevoir de l’être et non pas du néant.

 
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Publié par le mai 4, 2019 dans triturage de cervelet

 

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Locked In Syndrom

Tourbillon de pensées

Elle avait cet air calme et absent, calmement absent, que l’on ne voit porté que sur les visages de deux types de personne : celles qui ont atteint la douceur de l’éveil spirituel et celles qui ont été terrassées par quelque chose de bien trop grand pour elles. Certains chagrins sont trop grands pour qu’une réaction soit possible, tout au plus une triste résignation teintée de sidération.

Quant aux épanouis du spirituel, ils ont souvent ce regard qui ne regarde pas exactement, qui regarde plus loin, ce fin sourire et une économie de mots et de gestes, exactement comme elle que je regardais aller lentement, comme glissant sur un coussin d’air, d’un bout à l’autre de son appartement.

Elle a fini par s’asseoir dans cette lenteur de paresseux, un mouvement décomposé et gracieux. Elle m’a tendu une tasse de thé tandis qu’elle avalait les premières gorgées brûlantes du sien sans la moindre grimace de douleur ou d’inconfort (j’imaginais le trajet du liquide bouillant provoquant des cloques invisibles s’étendant de sa gorge à son oesophage).

Je n’ai pas dit un mot, j’ai attendu que ce soit elle, qu’elle lance le premier son, même un soupir d’insatisfaction, n’importe quoi, un signe qui m’indique à laquelle des deux catégories son calme étrange appartenait. J’attendais un signe pour savoir si je pouvais tenter une boutade ou si je devais préparer mon épaule à accueillir ses tourments.

Et puis elle a débité, le nez dans sa tasse, d’une traite et sans me regarder : « Je ne sais pas ce que j’ai… Je suis enfermée dans ma tête, comme une méditation qui ne finirait plus, prisonnière de mes pensées tourbillons, je n’arrive pas à voir, réagir et enregistrer tout ce qu’il se passe autour de moi, mes pensées sont si fortes, confuses et nombreuses que je n’entends plus rien d’autre qu’elles, tout l’extérieur n’est que parasites et bruits, du bruit insupportable, de la déconcentration, comme un marteau-piqueur en bas de ta rue quand tu veux écouter les dialogues d’un film. Je n’arrive pas en ressortir, ce n’est pas que j’y sois mal mais je suis littéralement aspirée-coincée-enfermée dans ma tête. Tu vois ? »

J’ai répondu : « Oui, je vois très bien », le dernier contrôle ophtalmologique n’avait pas été vain, pas plus que mes nouvelles lunettes qui m’avaient coûté un rein.

J’ai ajouté tandis qu’elle semblait m’écouter : « Je t’assure, je vois… J’ai déjà vécu ça. Ce sont tous tes moi qui se débattent et débattent, qui cherchent le chemin, qui veulent savoir vers quoi tu dois aller. Quand tu auras trouvé pour quel moi tu es faite, tu sortiras de ce drôle d’état ».

Elle a soufflé dans son thé pourtant à présent froid puis a relevé la tête : « Oh mais ça, je le sais, c’est le mois de juillet »

Je me suis tu en me disant que, pour le moment, mieux valait effectivement la laisser là où elle était, plus tard, je lui raconterai…

 
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Publié par le avril 4, 2019 dans triturage de cervelet

 

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Composez le 120

observe

Ce fut une journée étrange, une journée de l’étrange.

Ce fut une journée du trop, du tout, un journée Russe de ses montagnes, une journée en up and down.

Ce fut une de ces journées où l’Univers joue, joue beaucoup, une journée où tu le regardes jouer, totalement déstabilisé parce que, tu as beau regarder, chercher, toupiller, tu ne trouves nulle part la règle du jeu qui semble tant l’amuser.

Ce fut une journée compliquée avec plein de mots, plein de beau et tant de jeux de maux.

Ce fut une journée de chaud et de froid, une journée de rires et de voix, de nourriture et d’en cas (en cas d’urgence, composez le cent vins).

Ce fut une journée de danse, de danse du ventre et de transe, de danse du coeur et de l’humeur.

Puis, est venue la soirée…

Ce fut une soirée où tout est retombé : la peur, la musique et l’aigreur.

Ce fut une soirée apaisée, une soirée qui renverse la vapeur, une soirée où tu sais que tu as beau tout ignorer des règles de ce jeu, il te suffit d’attendre, de reculer et d’observer pour comprendre comment y jouer.

 
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Publié par le mars 30, 2019 dans triturage de cervelet

 

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Vivement ce soir…

ça attendra

…qu’on se couche.

Tu la connais cette phrase ? Bien sûr que oui, tu la connais et tu te l’es souvent répétée à la suite de certaines journées. Des journées comme celle-ci, où toute taupinière est une montagne, où toute fourmilière est un Everest : montagne de linge, montagne de vaisselle, montagne de paperasse, montagne de bordel, montagne de taf, montagne d’emmerdes. Ah ? Tu la connais cette journée ?

Une journée où tu te demandes bien comment tout caser dans les 1440 minutes qu’elle contient, une journée où tu ne vois plus très bien comment jongler avec toutes ces balles, où tu ne vois plus le bout du chemin, le bout du tunnel de ce Mont Blanc qui te nargue là-bas au loin, une journée qui n’avance pas, une journée qui donne l’impression d’en contenir des milliers et d’accumuler à elle seule un retard que tu mettras des mois à rattraper.

Alors tu n’as plus qu’une envie, en finir avec celle-ci, et tu te dis : « Vivement ce soir qu’on se couche » en espérant demain.

Oui, tu la connais bien cette phrase, lecteur débordé, lecteur fatigué, lecteur surmené et souvent malmené.

Tu la connais bien cette journée, tout le monde la connait.

Laisse-la filer cette journée, laisse-la couler plutôt que de penser qu’elle peut te couler. Prends-la à l’envers sans te la faire à l’envers : lâche-la cette journée, laisse-le cet évier, pose-toi tout-à-trac là où tu es sans plus regarder le merdier, pose ton derrière altier sur le plancher et pense à tout ce que tu as fait avant d’arriver à cette journée.

Revois le chemin avalé, tous les obstacles déjà sautés sans te vautrer, toutes les fois où tu as pensé ne jamais y arriver, toutes les fois où tu avais largement de quoi paniquer.

Tu vois ? Il y en a eu des tas. Des tas de journées bien pires que celle-là.

Tu vois ? Tu es venu à bout de tout ça, tu avais juste oublié.

Elle est petite cette journée, elle ne va rien faire dérailler, ni ton train ni tes rouages, et encore moins ton courage.

Elle est bénie cette journée pour peu que tu cesses de lutter, pour peu que tu l’acceptes comme elle est, que tu ne cherches pas à la dompter et que tu en profites pour regarder. Pour regarder d’où tu viens et tout ce que tu as déjà fait.

Vivement ce soir qu’on se couche, disais-tu ? Non, vivement ce soir qu’on prenne le temps de bien tout regarder.

 

 
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Publié par le mars 20, 2019 dans triturage de cervelet

 

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