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Archives de Tag: livre

Vivement ce soir…

ça attendra

…qu’on se couche.

Tu la connais cette phrase ? Bien sûr que oui, tu la connais et tu te l’es souvent répétée à la suite de certaines journées. Des journées comme celle-ci, où toute taupinière est une montagne, où toute fourmilière est un Everest : montagne de linge, montagne de vaisselle, montagne de paperasse, montagne de bordel, montagne de taf, montagne d’emmerdes. Ah ? Tu la connais cette journée ?

Une journée où tu te demandes bien comment tout caser dans les 1440 minutes qu’elle contient, une journée où tu ne vois plus très bien comment jongler avec toutes ces balles, où tu ne vois plus le bout du chemin, le bout du tunnel de ce Mont Blanc qui te nargue là-bas au loin, une journée qui n’avance pas, une journée qui donne l’impression d’en contenir des milliers et d’accumuler à elle seule un retard que tu mettras des mois à rattraper.

Alors tu n’as plus qu’une envie, en finir avec celle-ci, et tu te dis : « Vivement ce soir qu’on se couche » en espérant demain.

Oui, tu la connais bien cette phrase, lecteur débordé, lecteur fatigué, lecteur surmené et souvent malmené.

Tu la connais bien cette journée, tout le monde la connait.

Laisse-la filer cette journée, laisse-la couler plutôt que de penser qu’elle peut te couler. Prends-la à l’envers sans te la faire à l’envers : lâche-la cette journée, laisse-le cet évier, pose-toi tout-à-trac là où tu es sans plus regarder le merdier, pose ton derrière altier sur le plancher et pense à tout ce que tu as fait avant d’arriver à cette journée.

Revois le chemin avalé, tous les obstacles déjà sautés sans te vautrer, toutes les fois où tu as pensé ne jamais y arriver, toutes les fois où tu avais largement de quoi paniquer.

Tu vois ? Il y en a eu des tas. Des tas de journées bien pires que celle-là.

Tu vois ? Tu es venu à bout de tout ça, tu avais juste oublié.

Elle est petite cette journée, elle ne va rien faire dérailler, ni ton train ni tes rouages, et encore moins ton courage.

Elle est bénie cette journée pour peu que tu cesses de lutter, pour peu que tu l’acceptes comme elle est, que tu ne cherches pas à la dompter et que tu en profites pour regarder. Pour regarder d’où tu viens et tout ce que tu as déjà fait.

Vivement ce soir qu’on se couche, disais-tu ? Non, vivement ce soir qu’on prenne le temps de bien tout regarder.

 

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Publié par le mars 20, 2019 dans triturage de cervelet

 

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108 postures de yoga sans lâcher le clavier ni le chat

Envahissement

Voilà, je crois que ce qui me bloquait était aussi simple que ça : une posture. Je choisis le mot posture sans doute à dessein, j’aurais pu écrire « position », « ergonomie », mais c’est « posture » qui a vu le jour d’instinct.

Je travaille à mon domicile, installée (in)confortablement à mon bureau toute la journée, seule devant mon café et parfois sans croiser d’humains durant plusieurs journées. J’en viens à disserter avec mon écran en plus du classique échange verbalo-miaulement avec Monsieur Huxley, chaton de six mois pour le moins envahissant qui voit en mes doigts frappant le clavier autant de raisons de s’amuser.

Le soir, toujours seule devant une soupe grossièrement passée, je peine à redéposer ma carcasse sur mon fauteuil de bureau au skaï ragué-pelé pour écrire, « pour m’y mettre » comme on dit, me replonger dans ce nouveau roman commencé mais dont les finitions sont toujours repoussées pour diverses raisons très valables donc totalement fallacieuses : un boulot à boucler, le ménage qui n’est pas fait, la fatigue accumulée, une copine déprimée qui doit passer, un film que l’on m’a conseillé et, là, ce bouquin qui traîne sur la table basse depuis des semaines et que j’aimerais tellement terminer.

Alors j’ai déposé le bien nommé dossier « écrit » dans son entièreté sur une petite clé USB. J’ai inséré ladite clé dans mon vieil ordinateur portable et mourant, lequel ne conserve de souffle de vie que pour le traitement de texte et encore, à condition de ne pas oublier de le brancher sur son respirateur fait d’électricité, fée électricité (la batterie ayant une autonomie d’une demie seconde à peine). En somme, j’ai une machine à écrire, silencieuse et numérique, rien d’autre, point de réseau social au gouffre temporo-spatial béant, point de messagerie, point de mails de client, rien que du texte en cours de traitement.

Et revenons-en à la posture ou au positionnement. De par cette petite astuce, je remise au placard l’ergonomie du travail nécessaire pour les tâches pécuniaires et peux m’affaler comme il me plait sur mon canapé, mon lit, pieds au mur si ça me chante ou en lotus pour la détente, je peux même revisiter ma pratique yoga en créant une variante qui pourrait se nommer « Cent huit postures de yoga sans lâcher le clavier ».

Reste un problème pour lequel aucune solution n’est à ce jour trouvée : celui du chat. Que je sois à mon bureau ou dans mon canapé, quelle que soit la position adoptée, il vient poser son ronronnement et son corps en pleine croissance sur mes bras ou sur le clavier (quand il ne s’accroche pas à mes clavicules). Peut-être, finalement, devrais-je songer à « Cent huit postures de yoga sans lâcher le clavier ni le chat » ?

 

 

 
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Publié par le février 21, 2019 dans littérature

 

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Pas de lézards

« J’ai gravi la montagne et je suis en plein ciel » Paul Fort

C’est un lieu sans lézards, un endroit haut, trop haut pour qu’ils y parviennent.

C’est un lieu sans lézards où seul le tintinnabulement des cloches pendues au large cou des vaches résonne comme le chant de bols Tibétains par centaines.

C’est un lieu sans lézards où l’on pose et l’on oublie, un lieu qui se vit de l’intérieur vers l’extérieur, de l’extérieur vers l’intérieur, un lieu qui nourrit, un lieu plein d’ailleurs.

C’est un lieu sans lézards, comme une parenthèse que l’on ne refermera jamais tout à fait, parce que du bout des doigts on y a caressé le ciel, la lune et les étoiles, parce que de telles caresses sont des promesses.

C’est un lieu sans lézards, un endroit où l’on sait, où l’on sent, où l’on est.

C’est un lieu dont il faudra bien redescendre pour rejoindre les lézards et les salamandres, mais chargé de ce lieu, changé de ce lieu, parenthèse jamais tout à fait refermée, on dansera sur les cendres pour allumer un nouveau feu.

 
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Publié par le août 4, 2018 dans triturage de cervelet

 

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Le prochain

Plongeras-tu avec moi ?

C’est revenu, c’est là, comme un battement de coeur, un rythme cardiaque qui s’emballe.

C’est revenu, un battement de coeur, un battement d’ailes qui palpite entre les omoplates.

C’est revenu, un battement d’ailes, une nitescence, une brûlure incandescente qui enflamme la pulpe des doigts.

C’est revenu, c’est là. L’envie, le besoin, la nécessité d’à nouveau poser sur le papier, d’aligner, de vider ce qui agite mes pensées.

C’est revenu, je ne sais ni comment, ni pourquoi maintenant.

Est-ce le soleil, la danse, les yeux de chat ? L’envie de vivre, de faire n’importe quoi ?

Je l’ignore mais c’est là. L’envie, le besoin, la nécessité, à nouveau de me coucher sur le papier.

Il me réveille, il vole mon sommeil, il chuchote à mon oreille qu’il est là à un ou deux pas.

C’est revenu. J’ai un titre, un début, une fin, c’est revenu ou plutôt ça revient.

Il n’est plus très loin, le prochain…

Seras-tu là ?

Plongeras-tu avec moi ?

 
 

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Une fraction de seconde en absence

sur mes pas

Je suis revenue sur mes pas.

J’avais fait une promesse, celle de revenir voir les élèves qui m’avaient accueillie pour étudier « Les fleurs roses du papier peint » par effraction, pour recueillir leurs impressions une fois la lecture terminée.

Cette fois, je suis venue sans nervosité, je les connaissais (un peu) et j’étais heureuse de les retrouver.

Leur institutrice avait fait en sorte que tout le livre soit lu, à l’exception du dernier chapitre, le chapitre vingt-trois, les quelques dernières pages, les quelques derniers mots. Le dénouement, avait-elle estimé, me revenait de droit, à moi de leur livrer, à moi de leur dire, à moi de leur lire, à moi de lire leur visage, leurs yeux embués, leur bouche entrouverte.

Alors on a commencé par ça. Par la lecture du chapitre vingt-trois : « Et voir enfin les fleurs roses du papier peint ».

J’ai lu, aussi lentement que possible, j’ai scruté chacune de leurs réactions tout en lisant (relisant pour moi, redécouvrant, il y avait longtemps que je n’étais pas allée à cet endroit-là de mon roman, on évite généralement dans les lectures publiques d’évoquer la fin), ma gorge s’est serrée, parce que j’étais revenue sur mes pas, mais j’ai continué sans rien en montrer.

J’ai lu la dernière phrase et, parce que j’étais revenue sur mes pas, j’ai pris un temps pour refermer le livre, un temps court, un temps respirant.

Une fraction de seconde, j’étais revenue sur mes pas. Un an en arrière, au moment précis où j’écrivais ce chapitre vingt-trois, ces quatre derniers mots-là.

Revenue sur mes pas pendant une fraction de seconde je n’étais pas là, pas avec eux, pas dans cette salle, dans cette école en leur présence.

Une longue, une puissante fraction de seconde en absence.

Une ombre furtive posée sur le coeur, une presque transe, une fraction de seconde en absence.

Un instant furtif tête tournée, chemin examiné, vertige éprouvé, une fraction de seconde en apesanteur, des fleurs sur la peau, les yeux dans l’eau.

Et puis je suis revenue à moi, à eux et à leurs yeux à eux, pleins d’attente et de questions.

J’ai accueilli leurs mots, leurs inquiétudes face à la dystopie décrite dans mon roman et, en les écoutant, j’ai su qu’ils avaient compris que tout est entre leurs jeunes mains. Que ce sont eux qui feront que cela arrivera ou non demain.

Je suis revenue sur mes pas, une fraction de seconde en absence, et en reprenant conscience je les ai vus eux, avancer tout droit, décidés et concernés par le monde de demain, prêts à se battre comme Gilda, prêts à lutter comme Mildred, et je les ai aimés tout mon coeur, de toute mon âme pour ce combat.

 

 
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Publié par le juin 29, 2018 dans littérature

 

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La petite mécanique

Et se laisser dériver

Hier, j’aurais soulevé des montagnes, aujourd’hui je peine à me soulever.

Va la comprendre, lecteur survolté, la petite mécanique énergétique qui nous habite.

Alors on cherche comme si on y était obligé. Oui, on cherche, on enquête, on introspecte, d’où vient la fuite ? d’où vient la perte ?

On réfléchit en PPP*, on intellectualise, on mentalise en PPC**.

C’est la faute aux trois nuits hachées, celles où se sont glissées des petits pieds doux et légers aux coups de tête bulldozers, aux bras toile d’araignée qui viennent se poser sur un visage non reposé ?

C’est la faute à ce virus qui te transforme en Chloé ?

C’est la faute à la lune, nouvelle et belle à se coucher sous elle ?

C’est la faute au téléphone rendu muet, ça décompresse, ça relâche enfin, ça décompense, une suroxygénisation ?

Hier, j’aurais soulevé des montagnes, aujourd’hui je peine à me soulever.

Faut-il la comprendre, lecteur surexcité, la petite mécanique énergétique qui nous habite ? Ne vaut-il mieux pas l’accepter ?

Ne crois-tu pas, lecteur soudainement épuisé, qu’il te faut l’accueillir, qu’il te faut la cueillir ta petite mécanique avec ses coups d’éclat, ses coups de mou, ses coups de fracas.

Ne penses-tu pas qu’il est plus sage de l’aimer à peu près autant que celle qui te rend tout sautillant ? Et même (soyons fous, soyons grands), de lui trouver une belle utilité ? Celle d’aller regarder en-dedans, tu sais, là où tu évites d’aller ordinairement, parce que c’est un tabouret inconfortable et que tu préfères te caler bien profondément dans le vieux canapé mouf-mouf, celui tout mou dans lequel on peut se lover des heures durant sans ressentir la moindre tension musculaire ?

Hier, j’aurais soulevé des montagnes, aujourd’hui je peine à me soulever… alors j’en profite : inconfort pour inconfort, je vais regarder en-dedans.

 

 

 

*PPP : Position Parallèle au Plafond

**PPC : Position Parallèle au Ciel

 
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Publié par le juin 9, 2018 dans triturage de cervelet

 

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Danser la vie

Salomé

Il y a toujours un moment, où elle m’appelle.

Il y a toujours un moment où, le trop plein, le quotidien, la morosité, appelez ça comme vous voudrez, ce diable qui vous attrape par les chevilles et tente de vous entraîner là, au fond, tout au fond, aux tréfonds, un moment où ce diable fait face à elle, à ce moment où elle m’appelle.

Il y a toujours un moment où je sais, un moment où je sais et où je sens sa force, son pouvoir de résilience, sa lumière, sa transe, au moment où elle m’appelle.

Il y a toujours un moment où elle dépose un frisson, un frisson à mes pieds, un doux frisson qu’elle fait remonter autour des malléoles comme un baiser papillon, un imperceptible frisson, ce moment où elle m’appelle.

Il y a toujours un moment où je sais, un moment où je sens.

Il y a toujours un moment où elle enserre mes mollets de ses doigts longs, taquine mes genoux comme pour en tester les réflexes rendus mous, avant de se faufiler un peu partout et jusque dans mon cou, c’est maintenant, c’est ce moment où elle m’appelle.

Il y a toujours un moment où je sais, où je sens plus violemment.

Il y a toujours un moment où dans mon ventre, dans mon bassin, dans mon dos, dans mes jambes, elle se glisse comme dans une antre, ce moment où elle m’appelle et me chuchote à l’oreille :

« Danse, danse, ici, là, maintenant et n’importe quand mais surtout danse immédiatement. Danse, lâche les cheveux, lâche les chevaux, danse, danse, car c’est ainsi que tu panses, c’est ainsi que tu penses. »

 

 

 

 
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Publié par le mai 16, 2018 dans triturage de cervelet

 

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