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Archives de Tag: noirceur

S’ancrer

Encrer pour s’ancrer

Je m’en suis excusée à demi-mots dans l’article précédent… Il y a longtemps que je ne t’ai pas écrit, lecteur. Octobre et novembre ont été des mois d’une intensité particulière, des mois bouleversants, des mois magnifiques et effrayants.

J’en ai senti la chaleur et le feu, j’en ai senti la vie, j’ai volé des instants de délicatesse absolue, rempli mon coeur de tout un tas de bonheur, vécu quelques drames et aperçu la grâce au milieu de la peine.

Octobre et novembre ont été les mois particuliers d’une année particulière, d’une année de bouleversements, où tout a été retourné… et quand tout est retourné, on retourne aussi parfois ses peurs, on déterre des évidences, on a l’émotionnel en transe.

J’ai respiré la noirceur de novembre, je me suis penchée vers des ténèbres intérieures. Des fleurs sur la peau, j’ai attendu sur la plage que le tsunami me dévaste avant de taper violemment du pied, juste avant l’impact, un sursaut, un regard sur le chemin tracé et sur celui déjà parcouru et je me suis souvenue.

Je me suis rappelé qu’il fallait refaire chaque jour le choix de la lumière, refaire le choix du soleil et de la vie, refaire le choix de la joie, que rien n’est jamais acquis. Qu’il faut, comme le soufflerait ma Lumineuse, acter régulièrement ce que l’on vient de faire, en être déjà un peu fier pour s’encourager à continuer, pour ne pas s’en éloigner.

J’ai compris aussi… j’ai compris qu’il est parfois nécessaire d’accepter un peu de noirceur, de la laisser nous envelopper le temps d’intégrer, le temps de digérer tout ce qui a bougé, le temps de prendre conscience de là où on est, de là où on en est.

Avant de revenir à ce qui fait du bien pour ne pas rester au bord du chemin : marcher, danser, respirer, partager…

Et, la lumière revenue, encrer, encrer avec « e », pour mieux ancrer (si tu ne suis pas, va voir ce que j’avais écrit ) la nouvelle étape, le nouveau soi, pour ne surtout pas s’oublier.

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Publié par le décembre 5, 2017 dans triturage de cervelet

 

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Tous nos petits morceaux – Emmanuelle Urien

Tous nos petits morceaux - Editions d'Un Noir Si Bleu

«Ce livre devrait vous plaire», m’avaient écrit les agents-littéraires.fr en introduction à leur nouvelle proposition. A la lecture du résumé, je ne pouvais qu’à mon tour le parier, même si, sans en lire quelques pages pour en goûter le style, il était difficile d’en être tout à fait sûre.

La première nouvelle de ce recueil sur la thématique des miroirs, nous plante le décor des suivantes : une collectionneuse, s’amourache de ces objets reflets de nos doutes, de nos rêves, de tous nos morceaux de vie, s’ensuit un dialogue entre chacun d’eux, des bribes d’histoires de leurs propriétaires qui seront développées dans les nouvelles suivantes, pour finir par un dernier prisme nous renvoyant au tout premier. Et le miroir se mire à son tour.

Si ces nouvelles traitent de l’image de soi et peuvent prêter à sourire (ou nous permettre une distanciation salutaire) sur ce que chacun reconnaîtra de sa propre relation parfois torturée avec son reflet, les glaces d’Emmanuelle Urien ne font pas que réfléchir la reproduction exacte ou non de celui qui s’y regarde, elles réfléchissent aussi les âmes, les noirceurs intérieures, les travers plus ou moins graves de l’humain. Elle alterne morbidité poétique et sensualité pudique, nous réchauffe ou nous angoisse, les métaphores sont nombreuses, transformant le miroir en témoin muet, en amant rougissant, en rival déterminé, en compagnon fidèle.

Emmanuelle Urien a une écriture légère mais étudiée, et j’ai très vite apprécié la petite musique qui se dégage de la construction de ses phrases. Armée de mon stylo, j’ai commencé, comme je le fais toujours, à souligner les passages que je souhaitais retenir et partager avec vous (puisqu’il m’est permis de vous livrer des extraits) et en achevant ma lecture, je me suis trouvée bien embarrassée : du rouge, sinon partout, du moins en de si nombreux endroits que j’ai eu bien du mal à faire mon choix ! Car l’auteur a le sens de la formule, tantôt humoristique, tantôt touchant au coeur, des petites phrases pleines de sens, qui sonnent comme de belles évidences.

De l’adolescente complexée à la femme vieillissante, de l’écrivain raté au nouveau-né, les destins s’impriment sur les vitres de cette galerie des glaces, et lorsque la buée est dissipée, restent dessinées, du bout du doigt, les traces de la complexité de notre humanité.

Extrait : «C’est très simple : un jour prochain ils seront là, exactement comme aujourd’hui, sauf qu’ils feront un peu moins attention, parce qu’ils croiront mieux se connaître et penseront le danger écarté. Et leurs doigts se toucheront, presque par accident. Ce jour-là, tu peux être certain que nous ne les reverrons plus. Ils bousculeront la table et partiront très vite, peut-être sans payer. Il leur sera impossible d’attendre, surtout ici, dans le brouhaha et l’odeur du mauvais anis.»

«Albert n’est pourtant pas homme à posséder un chien, il trouverait moyen d’en faire son maître.»

«Elle persiste à lutter contre ce corps qu’elle s’invente, contre une image qui n’est pas la sienne mais reste imprimée sur ses rétines, quel que soit le reflet qu’elle contemple.»

« Tous nos petits morceaux » d’Emmanuelle Urien – Éditions d’Un Noir si Bleu.

Critique à retrouver sur le site des agents-littéraires.fr : ici

 
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Publié par le octobre 11, 2011 dans littérature

 

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