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Archives de Tag: parole de vilaine

Le jour où j’ai tué La Vilaine

autodafé

Il est des crimes dont l’on prémédite chaque instant, chaque seconde ou étape, des meurtres que l’on étudie avec soin des mois durant.

Il est des homicides que l’on dit passionnels, que l’on commet dans un accès, de colère ou de passion, des assassinats qui adviennent en un instant.

J’ignore dans laquelle de ces deux caractérisations viendrait se ranger le mien si un Juge venait à se pencher sur le sujet.

Cette nuit-là, je me suis éveillée en sursaut, cette nuit-là, une nuit de rentrée des classes, une nuit difficile, de guerre lasse, c’est dans mon ventre, du fond de mes entrailles qu’est montée l’urgence, qu’est survenue l’évidence.

Cette nuit-là, c’est un étrange sentiment qui m’a levée, une sensation d’inachevé, un de ces trucs indéfinissables qui vous poussent à une recherche introspective parce que, merde, on a beau l’aimer, on a beau lui confier toute sa destinée, s’en remettre sagement à sa volonté, parfois, l’Univers semble nous « la faire à l’envers » et l’on aimerait bien comprendre pourquoi.

Cette nuit-là, je me suis allongée sur ma terrasse, bras ouverts, yeux en l’air et j’ai cherché ce qui pouvait bien être encore de travers, pas tout à fait d’équerre, quel message, quel enseignement m’offrait cette journée sérieusement délétère (je ne te raconte pas, lecteur, mais fais-moi confiance, quand j’évoque une journée en enfer, au vu de mon seuil de tolérance, c’est qu’elle l’est).

Cette nuit-là, j’ai pris le temps d’une petite palabre avec le Grand Tout, l’Univers, la Justice étoilée. Cette nuit-là, j’ai compris que j’avais quelque peu baissé les bras, cessé de pédaler, que mon vélo électrique était bloqué uniquement à cause de moi.

Et tout est venu dans un souffle de vent, un peu mélangé comme le sont les feuilles et la poussière lorsqu’elles sont éparpillées par la tempête : celle qui m’a fait renaître, celui qui a déclaré que tout était à ma portée, une histoire d’empan que je n’avais pas jaugé si grand, de pointes des pieds et de talons déchaussés, les mots de celui qui m’a dit qu’il était grand temps de m’aimer (vu mon âge avancé) un peu plus, un peu mieux.

Et là, l’évidence : il faut tuer, non pas Constance, mais La Vilaine.

Parce que les mots ont un sens, les mots ne sont pas anodins ou légers, les mots peuvent coller, vriller et empêcher, les mots sont lourds de sens et de conséquences, j’ai décidé qu’il était temps de me désolidariser de ce sobriquet, de décoller Audrey de La Vilaine, alors cette dernière, je l’ai tuée, effacée, biffée.

Ne te bile pas, lecteur de mon coeur, le blog ne bougera pas, ni son titre ni le contenu qui s’y déverse à chaque fois, non, c’est juste une question d’identité. Pas plus que je ne suis aujourd’hui Marie-Agnès Dupin, je ne veux encore me définir comme La Vilaine, je ne la renie pas, je ne l’oublie pas, je l’aime encore et je sais pourquoi. Mais aujourd’hui, il est temps, grand temps de cesser de me nommer ainsi.

 

 

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Publié par le septembre 8, 2018 dans triturage de cervelet

 

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Et par le feu redémarrer

en fumée

J’ai écrit sur un bout de papier tout ce qui appartient à celle du passé.

J’ai posé les mots du passé pour m’en délester.

J’ai pris un briquet et j’ai allumé.

J’ai regardé les feuilles se consumer.

J’ai ritualisé.

J’ai écrit sur un bout de papier ce qui appartient au passé.

Et j’ai laissé brûler.

J’ai laissé brûler ce que je ne suis pas, ce que je ne suis plus.

J’ai nettoyé par le feu, j’ai désinfecté, j’ai calmement cautérisé.

J’ai réduit en fumée les mots d’un passé chargé.

Puis j’ai rendu les cendres à la terre, j’ai redonné à l’univers tout ce qui ne m’appartient plus.

J’ai joint mes mains en coupelle et je me suis avancée.

J’ai pris l’eau et j’ai arrosé.

J’ai arrosé comme on arrose ce que l’on vient de planter, j’ai rincé comme on rince un tissu entaché.

J’ai nourri, j’ai nettoyé.

J’ai arrosé pour que le reste, la vie, le reste de la vie à présent puisse pousser.

J’ai arrosé pour que le présent puisse à la vie pousser.

 
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Publié par le août 24, 2018 dans triturage de cervelet

 

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The devil on my back

shake it out

Juste entre les omoplates, là où poussent les ailes, il s’est accroché. Il a enserré mon dos et mon buste fermement, glissé ses doigts entre les vertèbres et a tiré-pressé-déchiré.

Juste entre les omoplates, là où poussent les ailes, de toutes ses forces, il a écrasé comme s’il cherchait à empêcher, repousser, écraser, replier.

De ma première cervicale à ma côte en cavale, il a pesé, il a comprimé.

L’ombre s’accroche à la lumière aussi sûrement qu’un papillon se cogne contre un lampadaire.

Alors il a planté ses griffes comme d’autres plantent des racines, il a soufflé le long de la colonne un air glacial et brutal, il a aspiré la moelle, s’est délecté du mal.

« The devil on my back » a étranglé, étouffé, oppressé, stoppé la danse, achevé la transe.

Et plus il comprimait, plus il s’alourdissait sur mes reins et mes hanches, plus il tassait chaque vertèbre, plus sa main étranglait, plus mon corps trouvait sa force.

Deux jours en PPP pour mieux transformer le P en Pied.

Deux jours en PPP pour mieux sauter sur les deux.

Deux jours en PPP sur le canapé et le lendemain s’envoler.

Deux jours en PPP pour comprendre que l’on n’est jamais coincé, qu’il suffit d’une autre main pour tout débloquer, qu’il suffit de deux autres mains pour donner le dernier élan et sauter, parce que, souviens-toi lecteur :

« On peut tout ce qui dépend de notre volonté »*

*Proust

 

 
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Publié par le août 22, 2018 dans triturage de cervelet

 

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Légère comme la vie

Léger comme le début d’un chemin

Je n’ai pas voulu entendre le réveil, je n’ai pas voulu que ce soit sa musique qui sonne le glas, qui marque la fin.

Je n’ai pas voulu entendre le réveil, alors j’ai demandé à mon corps qu’il s’éveille seul un peu avant.

Je n’ai pas voulu entendre le réveil, pour m’en assurer je l’ai étouffé de ma main.

Je n’ai pas voulu entendre le réveil, je n’ai pas voulu que ce son me crie à l’oreille : « lève-toi, il est temps ».

Je n’ai pas voulu entendre le réveil, alors je me suis levée et je l’ai éteint.

Je n’ai pas voulu entendre le réveil, que tout s’arrête sur une sonnerie ? C’eut été bien trop violent.

Je n’ai pas voulu entendre le réveil, je n’en avais pas assez, je voulais d’autres lendemains.

Je n’ai pas voulu entendre le réveil, j’ai refusé ce début de journée, comme un caprice, comme une enfant.

Je n’ai pas voulu entendre le réveil, je voulais le chant des oiseaux, je rêvais de la caresse du vent.

Alors je me suis levée lentement, à pas de chat, sans bruit.

Alors je suis sortie, je me suis étirée dans l’herbe, j’ai écouté respirer la vie.

Alors j’ai regardé le soleil qui se lève sans qu’aucun réveil ne vienne le sonner.

Et puis je suis rentrée, le coeur à la fois lourd et léger. Lourd comme un départ, léger comme le début d’un chemin, comme le début d’une vie.

 

 
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Publié par le août 5, 2018 dans triturage de cervelet

 

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Pas de lézards

« J’ai gravi la montagne et je suis en plein ciel » Paul Fort

C’est un lieu sans lézards, un endroit haut, trop haut pour qu’ils y parviennent.

C’est un lieu sans lézards où seul le tintinnabulement des cloches pendues au large cou des vaches résonne comme le chant de bols Tibétains par centaines.

C’est un lieu sans lézards où l’on pose et l’on oublie, un lieu qui se vit de l’intérieur vers l’extérieur, de l’extérieur vers l’intérieur, un lieu qui nourrit, un lieu plein d’ailleurs.

C’est un lieu sans lézards, comme une parenthèse que l’on ne refermera jamais tout à fait, parce que du bout des doigts on y a caressé le ciel, la lune et les étoiles, parce que de telles caresses sont des promesses.

C’est un lieu sans lézards, un endroit où l’on sait, où l’on sent, où l’on est.

C’est un lieu dont il faudra bien redescendre pour rejoindre les lézards et les salamandres, mais chargé de ce lieu, changé de ce lieu, parenthèse jamais tout à fait refermée, on dansera sur les cendres pour allumer un nouveau feu.

 
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Publié par le août 4, 2018 dans triturage de cervelet

 

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Les petites miettes

des petites miettes

Dedans, il ne reste que des miettes et des jouets éparpillés.

Partout, sous la table, sur la table, des miettes et une part de gâteau dont le glaçage a fondu sous la lourdeur de la journée.

Dedans, il ne reste que des miettes.

Partout, sur le lino, des miettes et des bouteilles vides, celles que l’on offre en remerciement pour la venue et les cadeaux.

Dedans, il ne reste que des miettes.

Partout, sur la table recouverte d’une nappe, des miettes et, dehors, des jeux en bois, un appareil à barbapapas.

Dedans, il ne reste que des miettes.

Partout, des miettes et des emballages cadeaux, des feutres et des assiettes en carton.

Dedans, il ne reste que des miettes, de petites miettes qui rappellent qu’il y eut une fête, des rires et des d&anses, des chants et des enfants.

Dedans, il ne reste que des miettes, des petites miettes d’une fête dont il ne reste que des miettes.

 

 

 
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Publié par le juillet 15, 2018 dans triturage de cervelet

 

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Le prochain

Plongeras-tu avec moi ?

C’est revenu, c’est là, comme un battement de coeur, un rythme cardiaque qui s’emballe.

C’est revenu, un battement de coeur, un battement d’ailes qui palpite entre les omoplates.

C’est revenu, un battement d’ailes, une nitescence, une brûlure incandescente qui enflamme la pulpe des doigts.

C’est revenu, c’est là. L’envie, le besoin, la nécessité d’à nouveau poser sur le papier, d’aligner, de vider ce qui agite mes pensées.

C’est revenu, je ne sais ni comment, ni pourquoi maintenant.

Est-ce le soleil, la danse, les yeux de chat ? L’envie de vivre, de faire n’importe quoi ?

Je l’ignore mais c’est là. L’envie, le besoin, la nécessité, à nouveau de me coucher sur le papier.

Il me réveille, il vole mon sommeil, il chuchote à mon oreille qu’il est là à un ou deux pas.

C’est revenu. J’ai un titre, un début, une fin, c’est revenu ou plutôt ça revient.

Il n’est plus très loin, le prochain…

Seras-tu là ?

Plongeras-tu avec moi ?

 
 

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