Aujourd’hui

Au présent

Il y a chez moi cette sensation d’urgence, peut-être liée à mon passé, mon expérience de la vie, à mon âge et, dans le fond, on s’en fout de ce qui nourrit cette sensation d’urgence, le fait est que c’est un faix. Elle est là, elle fait que je veux profiter de chaque instant et que chaque instant qui ne peut se vivre est un instant volé, raté, comme un train que l’on a vu s’éloigner sans bouger depuis le quai, billet dans la main, billet pour lequel on n’a pas jugé utile de prendre l’assurance annulation, parce que ça alourdissait le coût du voyage, parce que l’on était sûr de ne pas le rater, parce que… ça aussi, au fond, on s’en fout.

C’est cette urgence à vivre, à profiter, qui fait que je suis contrariée chaque fois que je ne peux passer du temps avec ceux que j’aime, chaque fois que mon « voyage » est annulé, reporté, retardé. Je n’ai pas, comme certains, dans l’esprit un « on a toute la vie » ou quelque autre « bientôt ».

J’ai beau être d’un naturel joyeux (si, si), optimiste, j’ai beau avoir foi en l’univers et en la vie, j’ai beau avoir rationnellement conscience que si ça ne se fait pas, il y a une bonne raison, je sais aussi que je ne sais pas ce qu’il y aura demain, où l’on sera, si rien ne nous arrivera alors chaque fois que quelque chose ne se fait pas, j’ai la sensation que c’est « un de moins » sur une sorte d’échelle de temps qui s’en va.

Je veux profiter de chaque occasion donnée aujourd’hui, j’en profiterai demain si elles sont là aussi. Mais, tu le sais, lecteur (surtout toi, je sais que tu passeras par là et me liras) pour moi, demain n’existe pas, il n’y a qu’aujourd’hui.

Et aujourd’hui dans nos vies pleines d’obligations, de rendez-vous à la con, nous avons peu de temps de qualité ensemble, de temps à s’amignoter, de temps à partager. Chaque moment de bonheur, de joie, je veux donc le prendre avec ce qu’il a de précieux, je veux l’arracher aux imprévus, en bloquer l’agenda, en fixer l’existence, l’inscrire dans le tout de suite, parce que demain ne sera peut-être pas.

Faulkner écrivait : « Tout est présent, comprends-tu ? Aujourd’hui ne finira que demain et hier a commencé il y a dix mille ans »

Je vis aujourd’hui, je suis aujourd’hui.

 

 

 

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« Le bruit et la fureur » de William FAULKNER

Le bruit et la fureurIl est des livres qui vous font vous interroger sur une vie sans lecture. Ce roman de William FAULKNER en est un. Comment peut-on vivre sans lire ? Certes ce troisième roman, dans l’ordre de mon voyage à travers cet auteur, est difficile d’accès, rebutant sans doute pour qui est habitué à une construction usuelle, mais lorsque l’on s’y laisse dériver, on en ressort enivré, secoué.

Chacun des chapitres est écrit selon l’un des personnages de l’histoire, l’histoire d’une famille bousculée. Aucune chronologie n’est respectée (à l’exception du dernier chapitre), on virevolte du passé au présent et du présent au passé au gré des associations d’idées du narrateur. Alors c’est le lecteur qui est bousculé, magistralement bousculé dans ce tourbillon de pensées parfois confuses, rarement explicites, mais toujours limpides si l’on se prête au jeu de l’auteur.

Le bruit, pour les incessants cris de Benjy, narrateur du premier chapitre, innocent au cerveau animal, qui ressent plus qu’il ne comprend, mais qui sent et pressent de tout son être et qui ne peut s’exprimer que par ses hurlements.


La fureur, pour la vie de Caddy, qu’elle dévore au point de s’y perdre et d’y perdre ses frères et son enfant. Sa fureur à aimer, sa fureur dans la révolte, sa fureur de louve cherchant à revoir sa fille.


Le bruit, pour Quentin, frère à l’amour incestueux qui se souvient comme d’autres souffrent, qui écoute obsessionnellement le bruit du temps qui lui reste.


La fureur encore, pour Jason, violent raté. Egoïste et intolérant primaire, raciste, antisémite, qui se complait dans le rôle de victime de l’autre, des autres.


Et puis, soudain, le bruit des chants religieux, la fureur de la croyance et de la tolérance. Le dernier chapitre nous recentre sur Dilsey, et comme souvent chez FAULKNER c’est la femme noire, simple, toute dévouée à des maîtres qui valent si peu, qui est le personnage le plus beau, le plus doux, le plus grand du livre.

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Requiem pour une nonne

Voilà, j’ai refermé « Requiem pour une nonne » de William Faulkner entre la gare de Bois-Colombes et celle de Colombes. Me reste uneRequiem pour une nonne impression étrange, celle d’être un peu passée à côté. Je m’étais réellement délectée de « Sanctuaire » et, aurais-je dû attendre que le souvenir en soit effacé pour lire cette suite ? Je ne le saurai sans doute jamais, mais peut-être y a-t-il là l’explication de ma légère déception.

S’il s’agit bien à nouveau de Temple Drake, sept ans après sa terrible aventure dans une maison close, la construction est tout à fait différente, sous forme de pièce en trois actes. Chaque acte est précédé de chapitres historiques relatant la construction des édifices où se déroule l’action. Albert Camus a regretté de n’avoir pu, dans son adaptation théâtrale, intégrer ces chapitres, j’avoue avec un peu de honte, que ce sont justement ces derniers qui m’ont un peu rebutée. Je suis pourtant attirée par l’Histoire et les histoires de construction (j’avais plus qu’adoré « Les piliers de la Terre »de Ken Follett, qui avait pour toile de fond la construction d’une cathédrale sur plusieurs siècles), mais si j’ai fait l’effort de lire consciencieusement le premier de ces descriptifs, je reconnais avoir survolé les autres afin de parvenir plus vite à ce qui m’avait poussé à l’achat de ce roman : le destin de Nancy Mannigoe, femme noire au service de Temple Drake, condamnée à la peine capitale pour avoir tué un des enfants dont elle avait la charge.

La confession de Temple Drake auprès du Gouverneur, le dialogue final entre les deux femmes, les questions soulevées sur la part innée et la part acquise du vice, l’évocation du pardon et de l’expiation sont en revanche prodigieux et je regrette de n’être plus en âge de passer mon bac, certaine de pouvoir placer cet ouvrage dans beaucoup de compositions de philo !

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