le goût des choses simples

Vilain au coin du feu par La Vilaine

Ce matin en sortant timidement une jambe de dessous ma couette afin de prendre pied avec la dure réalité de l’éveil, les yeux encore fermés, les couvertures sur la bouche pour éviter toute protestation bien justifiée d’un corps et d’un esprit intermittents du sommeil, la froidure ambiante a immédiatement fait retentir en mon cervelet le signal d’alarme tonitruant d’un grain de sable dans les rouages d’un dimanche paisible.

Fonçant droit dans la salle de bain (enfin un peu de travers à dire vrai, la renaissance des sens prenant chez moi un temps certain et dépendant grandement d’une douche chaude et de l’engloutissement d’un café ) je n’ai pu que constater avec désarrois que l’eau n’était pas plus chaude que les radiateurs. Panne de gaz, panne de bonne humeur matinale…

Après avoir trifouillé et tenté les raccommodages usuels sur la chaudière à Bac plus dix, je ne pus que me rendre à la triste évidence : il n’y aura point de confort en ma demeure en ce dimanche glacial. Si je gardai un air digne et peu déçu face au monde, dans ma petite tête trépignements et crise de larmes enfantins se jouaient la part belle et je jalousai à part moi, cet âge béni où l’on peut laisser éclater les émotions les plus démesurées.

Une fois mon café salvateur avalé, je fis contre mauvaise fortune bon coeur et remplis les plus grandes casseroles de ma batterie, afin de les chauffer sur mes plaques, qui Ô joie de la technologie sont vitrocéramiques et non de ces petits brûleurs à gaz qui seraient eux aussi restés désespérément froids. Une douche à l’ancienne en somme et me voilà revigorée par le renversement d’une grande bassine chaude sur mon corps transi, réchauffement climatique de ma petite personne, de courte durée mais apprécié.

S’habiller en vitesse (ne surtout pas traîner dans la salle de glace) et faire un feu dans la grande salle, des objectifs simples, d’un temps ancestral se firent miens en cette journée dominicale. Prendre un plaid, un livre et mes chiens, se lover dans le coton de mon canapé, collés/serrés tous les trois, s’échangeant la chaleur animale en attendant que la cheminée donne tout de sa puissance. Et toute la journée, veiller sur le feu comme mes plus lointains ancêtres le faisaient, ne surtout pas le laisser s’éteindre, tourner et retourner les bûches, user du tisonnier. Et là, à ce moment précis, se réjouir de ces grains de sable dans les rouages de mon dimanche paisible, parce que la journée en est transformée en petits plaisirs simples, en communion avec la nuit des temps : aimer et protéger le feu pour qu’il m’aime et me protège en retour.

Bonne année ! Et la santé surtout, la santé…

Comme tous les ans, voilà que reviennent les traditionnels voeux de fin et début d’année, et voilà La Vilaine bien embarrassée par de tels épanchements bien absents de sa compréhension.

Photo La Vilaine

Aussi loin que je me souvienne, les fêtes de fin d’année, et en particulier celle du nouvel an, a toujours déclenché en moi scepticisme et petite déprime. Enfant, au moment même où l’on s’agitait soixante secondes avant l’heure attendue, une irrépressible envie de me pelotonner sous un meuble, n’importe lequel pourvu que je disparaisse en me fondant dans le sol, me saisissait sans crier gare. Les baisers échangés avec une fougue alcoolisée, les cris, les sautillements de joie, étaient autant d’agressions pour mon petit esprit un peu singulier et m’arrachaient des larmes inexpliquées.

Il me semble que la première fois que j’ai pris conscience de l’absurdité de ces voeux, et que conséquemment j’ai rejeté tout de go cette liesse, c’est lorsqu’après avoir réveillonné et souhaité comme l’on dit « tout le bonheur du monde », j’ai découvert le lendemain matin que la guerre Iran Irak n’avait pas disparu dans la nuit. J’étais obsédée par ce conflit, me réveillant même la nuit du haut de mes quatre ou cinq ans, parce que le grondement de l’orage me laissait penser dans un demi sommeil que la Défense Sacrée était à nos portes.

Si aujourd’hui, et c’est heureux, les voeux de bonne année ne me tirent plus de sanglots étouffés, je goûte toujours aussi peu cette drôle de mascarade, et suis toujours aussi éberluée de lire, voir, entendre, mon entourage proche ou éloigné, s’inquiéter ou se réjouir du départ pris par la nouvelle année. « Ca commence mal », « j’espère que cette année sera meilleure que la précédente », sont autant de petites diatribes qui me laissent toute coite. Comme si soudain, tout allait changer.

Alors bien sûr, sachant parfois ne pas m’entêter, je présente mes voeux à ceux qui y attachent une véritable importance, réponds (mollement) à ceux qui me sont faits, ironise sur les phrases toutes faites « et la santé, surtout, la santé » en pouffant, mais reste dans un coin de ma tête la pensée que de 23h59 à 00h00 que pourrait-il bien se passer de si bouleversant que nos vies en seraient soudainement changées ? Que nenni, la même bouchée par jour dans la même tartine de merde dont parlait déjà mon arrière-grand mère. Le tout c’est d’apprécier à leur juste valeur les petits morceaux sucrés sur lesquels on tombe parfois et de savoir s’en délecter quelle qu’en soit la date, non ?

Mon utopique espoir Miss France

Tous les ans, je regarde les résultats de Miss France avec l’utopique espoir que la couronnée de l’année, oubliant toute retenue et bienséance hurlera en entendant son nom : « Putain de bordel de merde ! Je le savais ! ».

Miss France infographie par La Vilaine

Tous les ans, je m’installe donc confortablement dans mon canapé ramolli pour me laisser décérébrer par une des soirées les plus kitsch de l’année (l’autre étant l’Eurovision que mon vilain esprit de Vilaine aime à consommer avec la moquerie la plus basse et une pointe de honte) : l’élection de la plus belle femme de France, comme il dit Jean-Pierre… Et à l’instant même où ses lèvres se crispent pour prononcer cette phrase ô combien surréaliste, les mêmes interrogations obsessionnelles se bousculent dans mon cervelet de ménagère de moins de cinquante ans. Parce qu’au fond c’est vrai, il faut déjà une sacrée dose d’amour propre pour se présenter à pareil concours, se regarder droit dans la glace et se dire « je suis tellement belle, tiens si ça se trouve je suis même la plus belle femme que la France ait en ses frontières » me laisse toute pantoise. Sans doute est-ce lié à ma relation personnelle à l’image, mais n’empêche que ça me laisse toute pantoise.

Bien sûr les quelques ménagères plus expertes en élection miss France m’opposeront que non je n’y connais rien, ça passe d’abord par les régions. Et puis après ? C’est pareil, se regarder dans la glace et se dire « je suis tellement belle, tiens si ça se trouve je suis même la plus belle femme de ma région » ça m’en laisse la bouche ouverte et l’oeil tout épaté.

Soit, admettons et admirons. Après tout c’est plutôt admirable que d’être narcisse en ces temps de complexées et de chirurgie esthétique, donc La Vilaine range ton mauvais esprit et rends hommage…

J’enrobe donc mon cervelet de téléphagie et usuellement, je ne regarde que du coin de mon angle mort, cette belle cérémonie française (enfin…) tout en occupant tout le reste de mon esprit à autre chose (vous m’accorderez que l’on peut aisément être occupée quasi entièrement à d’autres tâches, tout en regardant ce genre de programme qui doit pomper à tout casser l’équivalent du cerveau d’une grenouille laissant tout le reste à libre disposition) mais je reste tout de même vigilante, il serait ballot que je loupe en étant trop dilettante un petit quelque chose qui rendrait la fête digne de ce nom : un dérapage incontrôlé d’une Miss qui n’entrerait pas tout à fait dans le moule et ferait ou dirait une sottise réjouissante (enfin au sens Miss France du terme, selon l’étiquette en vigueur parce que des sottises réjouissantes au sens basique…). Je zappe les petits reportages agaçants nous montrant un troupeau de caillettes toutes en gloussements et petits cris suraigus dignes de rappeler à mon bon souvenir que si j’étais un homme je ne serais pas capitaine mais sans doute misogyne, et relève les yeux à chaque présélection cherchant mon graal : le cri incontrôlé !

Mais tous les ans, telle une enfant se précipitant toute pleine d’espoir au pied du sapin, je me retrouve fort marrie de ne trouver que tremblements et larmes retenues en lieu et place de l’attendue perte de contrôle. Oh bien sûr, je trouverai un peu de mon bonheur dans les regards des perdantes, contemplant avec un sourire masquant à grande peine la haine ressentie, mais « putain de bordel de merde » point de « je l’savais »…

L’éléphant s’évapore et La Vilaine aussi…

En m’offrant ce nouvel ouvrage d’Haruki Murakami je n’avais guère prêté attention à sa forme. Mon rituel habituel de sélection littéraire (voir fringale littéraire) n’a en effet plus lieu d’être lorsque j’ai été toute tourneboulée par un auteur. Dès lors ce n’est plus que le nom de l’écrivain qui emporte mon choix. Haruki Murakami m’avait été chaleureusement présenté par un collègue de Trouble Obsessionnel Compulsif de Lecture et le premier roman déniché (« Kafka sur le rivage ») m’avait procuré un tel bonheur, me plongeant dans une littérature ovniesque et réjouissante, que lors de mon dernier hold-up livresque, j’avais, telle une somnambule tendu mes petits mains à la faculté préhensible vers un autre ouvrage de ce Japonais, sans plus de réflexion, l’oeil fermé, le cervelet bien content de ne pas être torturé par sa patronne.

Or, s’il est une forme à laquelle j’adhère rarement, ce sont bien les nouvelles. Comme une sale gaminette à qui l’on offre un petit carré de chocolat pour « goûter », mes papilles gustatives réclament en frétillant toute la tablette. Si dans la vie je suis parfaitement capable de déguster de courts plaisirs, en littérature comme en nourriture, je suis insatiable.

Infographie par La Vilaine

Quel ne fut donc pas mon désappointement quand, confortablement calée entre mes oreillers, j’ouvrai « L’éléphant s’évapore » et constatai dans une moue enfantine qu’il s’agissait d’un recueil de nouvelles… Mais parole de Vilaine, jamais je n’ai refermé un livre entamé sans l’avoir terminé. Respect de l’auteur, vain espoir d’une bonne surprise finale, je finis si je commence (d’accord, il faut une exception pour confirmer toute règle et mon exception ici est : « 99 Francs » que, malgré tous mes efforts de concentration, de mise en état de mon esprit, d’indulgence, j’ai stoppé brutalement à mi-lecture dans un grand soupir d’agacement).

Mais revenons-en à nos éléphants. Je lisais donc sans conviction ces nouvelles, pensant que l’univers de Murakami mérite encore plus qu’un autre un développement impossible dans la courte forme des nouvelles, cet univers flirtant avec le surréalisme, les fins plus qu’abruptes de chaque récit me laissaient sur la mienne (de faim). Je fis donc quelques pauses, dévorant rapidement des petits pamphlets anciens (connaissez-vous mon amour immodéré pour les petits pamphlets humoristiques du 19ème ?) entre deux nouvelles.

Quand au détour d’une page, l’une d’entre elles, tapota à l’entrée de ma conscience, résonnant comme un gong zen dans les tréfonds de ma conscience. « Sommeil » manie l’ubuesque cher à Murakami tout en traitant de deux sujets Ô combien chers à ma vie. L’insomnie et la passion démesurée de la lecture. Bien que délicat, je vais tenter de vous en livrer l’essence. Une femme au foyer, mariée, mère dévouée souffre soudainement d’une étrange insomnie, laquelle, loin de l’épuiser comme il se devrait, lui procure force et cure de jouvence. Toutes les nuits, une fois son mari endormi, elle s’installe sur son canapé, se sert un verre de cognac et lit toute la nuit durant, renouant avec une passion que le manque de temps avait laissé s’évaporer.

De ces retrouvailles, en ressort un nouveau regard sur sa vie, une ouverture nouvelle sur le monde… La métaphore est sans doute grossière mais elle me susurre à l’oreille les délices de la lecture et je me prends à rêver qu’à mon tour disposant d’un temps infini, sur mon canapé, un verre de cognac dans ma main gauche, un livre dans la droite, je m’évapore…

Face à facebook (2ème partie)

Oui, donc deux semaines (bientôt trois) que je découvre le joyeux monde amical de Facebook et que, je dois vous l’avouer, j’ai déjà frissonné d’agacement contenu sur le contenu à plusieurs reprises.

A peine passée la ligne de cette nouvelle dimension, les quelques réglages effectués, les amis (les vrais, si, si) contactés, l’intrusion commence. Facebook, tout bien fichu dans son omniscience, me propose tout un tas de nouveaux amis à ajouter absolument. Voilà qui n’est pas fait pour rassurer une parano déjà bien ancrée sur le monde merveilleux des réseaux sociaux. Je suis tracée, chacune de mes recherches est répertoriée et recoupée avec les recherches d’autres membres afin d’en déduire nos possibles affinités et familiarités. George Orwell si tu m’entends, tu n’étais pas loin de la vérité, la forme t’étonnerait sans doute et sans aucun doute le fait que l’on s’y inscrive sans contrainte, fous que nous sommes !

vilainefacebook

Infographie par La Vilaine

Encore totalement vierge sur le tissu Facebook, j’explore les possibilités de ce labyrinthe avec l’avidité d’une pucelle découvrant Sade, en passant de la page d’un contact à un autre, et en viens à un second constat : j’étais bien plus heureuse avant de découvrir les dates de naissance de certaines de mes relations ! Donnez-moi rapidement un valium, de la téquila, un masque anti-rides et un oreiller pour y faire couler mon mascara ! C’est donc ça facebook ? Un instrument de torture à l’encontre des naïves qui pensaient être fraîches comme la rosée ? Briseur de rêve ! Assassin de Père Noël !

Je chasse d’une main mes ridules ridicules, que le mascara coulé a cruellement accentuées, et plonge ma sonde exploratrice un peu plus en avant de ce gros colon que je viens tout juste de coloniser (ou est-ce l’inverse ? Dans le doute, je réajuste mon assise pour une meilleure étanchéité).

Le ravissement n’est plus bien loin, et une fois de plus il se fait par le truchement de mon ami Frédéric Fredj, qui, non content de m’avoir offert sur un plateau gargantuesque des dîners littéraires réjouissants, m’offre de partager avec lui quelques merveilleux amis. Je me rassérène, et entame une petite danse du poulet revigorante (si vous n’avez jamais réalisé les quelques pas de la danse du poulet, vous avez le droit de vous gausser, pour les autres vous savez parfaitement de quoi je parle et affichez déjà un sourire de connivence, je le sais).

Je ne citerai pas ici les personnes qui ont alors rejoint mon petit cercle, pas plus que celles que j’ai eu le plaisir de retrouver, elles se reconnaîtront pour peu qu’elles me lisent. L’important est que je l’avoue, oui, je suis ravie de m’être inscrite et de pouvoir dès lors échanger avec quelques personnes qui ont toute mon amitié ou toute mon admiration, certaines ayant même les deux…

Et que oui, je continuerai à m’énerver chaque fois que Facebook aura le culot de me suggérer d’écrire à untel, parce qu’à son humble avis de programme informatique qui ne connaît pas grand chose aux relations humaines, mon silence envers ce contact est trop long. Je continuerai à m’exaspérer de l’aspect intrusif de certaines suggestions, me confortant dans mon idée que l’intimité ne peut être totalement préservée en ce lieu (George, là encore, si tu m’entends). Mais je me réjouirai surtout de partager les passions d’êtres passionnés, de découvrir les visages qui veillent à présent sur mes amis que la distance a éloignés ou encore de pouvoir offrir en quelques mouvements de doigts un moment amusant, agréable ou attachant aux personnes auxquelles je suis attachée…